Coronavirus : Psychose dans les transports publics, on lorgne tous ceux qui toussent


23/03/2020
Coronavirus : Psychose dans les transports publics, on lorgne tous ceux qui toussent
Des passagers respectent les mesures prises par le gouvernement

A l‘heure de la pandémie de coronavirus, l’environnement n’a jamais été aussi hostile aux personnes souffrant de toux dans les lieux publics. La psychose est encore plus grande dans les espaces clos, où il est déjà impossible de respecter la distance de sécurité d’au moins un mètre conseillée par le gouvernement. C’est le cas des transports publics.

Les passagers d’autobus, des minicars appelés gbaka ou des taxis communaux, sont désormais en alerte maximale. Toussez dans un transport public par ces temps qui courent, et vous aurez braqué sur vous, autant de paires d’yeux qu’il y a de passagers. La suspicion est à son paroxysme. Que vous souffriez d’une toux passagère, permanente, sèche ou grasse, peu importe, vous serez confrontés à des regards accusateurs, voire réprobateurs.

Suspicion

Il est 6h30 min, ce vendredi 20 mars 2020. Nous sommes dans un minicar de transport en commun, qui assure la ligne Cocody-Koumassi. En partance pour la commune du maire Cissé Ibrahima. De jeunes passagères portent des cache-nez sur le visage, s’appliquent du gel hydro-alcoolique dans les mains alors qu’elles viennent de s’acquitter de leur titre de transport. Pour elles, il ne s’agit nullement de paranoïa ou d’exagération. «L’heure est grave, il faut se nettoyer les mains autant de fois que possible au cours de la journée, surtout quand on manipule de l’argent», confient-elles. Elles proposent d’ailleurs que le gel désinfectant soit imposé dans les transports publics. Une idée qui, à l’analyse, ne manque pas de bon sens. A bord de ce véhicule, un passager fait savoir à l’apprenti qu’il descend au grand carrefour de Koumassi. Avant d’arriver à son arrêt, ce dernier se met à tousser. Aussitôt, les regards des passagers se tournent vers lui. Certains s’empressent de se couvrir le visage ou le nez. Un passager, assis au premier rang, près du chauffeur, s’enflamme. «Tousser est un fait. Mais avoir un cache-nez et tousser à la fois, c’est tout autre chose », a-t-il dit. A en croire cet apprenti gbaka, les passagers estiment qu’il y a de grandes chances d’être en présence d’une personne infectée. «Dans un gbaka, quand la toux persiste, le gbaka se vide rapidement de ses occupants.

Et rien ne garantit que chacun soit descendu à destination », explique-t-il au bord du rire. De l’avis de Hyacinthe Coulibaly, usager de transport en commun, c'est une crainte parfaitement justifiée. «Le cache-nez a deux fonctions. Éviter d’être contaminé ou empêcher de contaminer. Avoir un cache-nez et tousser intensément n’a rien de rassurant, surtout par ces temps qui courent», indique-t-il. Quoi qu’il en soit, avec la survenue de la pandémie, le cache-nez est devenu un accessoire incontournable. Dans les rues comme dans les véhicules de transport à Abidjan et à l’intérieur du pays, de nombreux passagers ont, en effet, adopté le port de cache-nez. Et si vous avez manqué de vous en procurer, les vendeurs vous en proposeront dans les différentes gares ou aux feux tricolores. Le commerce de cache-nez ayant subitement explosé. Tout comme celui de gel désinfectant.

L.BEUGRE (stg)

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