Présidentielle 2020 : Ouattara risque gros, ce qui se dit dans son entourage


26/06/2019
Présidentielle 2020 : Ouattara risque gros, ce qui se dit dans son entourage
Ph DR

Partira, partira pas ? Dans le cercle très restreint du président de la République ivoirienne, Alassane Ouattara, personne ne veut risquer un pari sur le sujet, tant les chances d'une réussite sont très minces. Il n'existe donc que des spéculations.

Les quelques certitudes qu'il y a sur la question de la candidature ou non du successeur de Laurent Gbagbo, en 2020, ne sont que des hypothèses : '' si...alors…''. Celles-ci sont d'ailleurs fondées sur les déclarations, parfois touffues, du chef de l’État lui-même qui laissent ainsi le champ à toutes ces supputations. Quelques déclarations : « J'ai déjà fait 8 ans à ce poste de président de la République. Je n'ai jamais fait plus de 6 ans à un poste... Mon fils a 52 ans... La tendance va vers une transmission de générations...Je n'ai pas dit que j'ai terminé (rire), je donnerai ma décision l'année prochaine », déclare le chef de l’État le samedi 06 avril 2019, interrogé par Mo Ibrahim au cours du Forum éponyme pour la gouvernance à Abidjan. « Donc j'attendrai un an avant de connaître votre position ? », réplique l'intervieweur. « De toutes les façons, vous êtes un ami, je vous consulterai avant de prendre ma décision. Je consulterai un certain nombre d'amis avant de prendre ma décision...Mon souhait le plus ardent, c'est de faire un transfert de pouvoir à la nouvelle génération. La morale voudrait qu'à un moment donné, il faut être raisonnable. Même si la Constitution vous le permet, vous devez passer le pouvoir à une autre génération », tente de rassurer Alassane Ouattara.

A la vérité, ce tango du locataire du palais d'Abidjan autour de sa ré-candidature ou non, pose un réel problème à son camp, s'il ne lui fait pas courir de gros risques pour l'échéance de 2020. Ce flou n'arrange pas le camp présidentiel en proie à des profondes divisions entre de potentiels successeurs. Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, l'ancien président de l'Assemblée nationale Guillaume Soro, en disgrâce profonde avec ses alliés d'hier, le ministre de la Défense Hamed Bakayoko, sont des noms qui circulent, avec cependant une pointe d'attention pour le chef du gouvernement ivoirien. Mais jusque-là, aucune certitude sur le choix définitif. Tous sont soumis et suspendus à la décision du chef attendue pour l'année prochaine.

« Il est clair que cela peut donner un mauvais sentiment à nos militants et sympathisants, et même les démotiver quelque peu, mais dans la bataille politique qui est engagée actuellement entre le Rhdp d'une part, et le Pdci et ses satellites d'autre part, si tu sors ton joker maintenant, tu le paieras cash à l'arrivée. C'est d'ailleurs ce que font nos adversaires », analyse un habitué du palais présidentiel au cours d'un échange. Ouattara garderait donc son joker au chaud pour le sortir au moment opportun, mais quand ? A quelque 15 mois de l'élection présidentielle, le candidat du camp présidentiel ne devrait-il pas être connu, afin de se frotter aux réalités du terrain et jauger sa côte de popularité auprès des Ivoiriens ?

 

La carte Gon Coulibaly

« Si c'est lui, qu'on nous le dise ouvertement. Il est vrai que son nom circule dans les couloirs comme le choix du président (Ouattara). Mais cela reste encore officieux, et donc pas évident pour les militants. Le temps presse », peste un proche du Rhdp. Le nom du fidèle compagnon du président ivoirien revient en effet dans tous les schémas de succession. L'idée de départ d'un ticket présidentiel avec l'actuel vice-président de la République, Daniel Kablan Duncan (cadre du Pdci, désormais Pdci Renaissance), n’a pas survécu à la rupture de l'alliance avec le parti de Henri Konan Bédié. Le président du vieux parti réclame mordicus une candidature au profit d'un militant du Pdci Rda. Son jeune frère allié, Alassane Ouattara, lui oppose, sans concession, son projet de parti unifié. La rupture profite à Amadou Gon qui se positionne comme le potentiel successeur. Ce n'est pas tout. Il reste Guillaume Soro, alors président de l'Assemblée nationale, à neutraliser dans l'écurie Ouattara. S'il a été déchu du dauphinat par la Constitution de la IIIè République, le député de Ferké ne demeure pas moins un candidat sérieux. Mais les choses sont allées très vite, et le régime a fini par éjecter Soro.

Désormais seul dans le starting bloc, Amadou Gon a encore un gros défi à relever, à savoir convaincre les militants sur le choix de sa personne. Au delà, les électeurs ivoiriens sur ses capacités à conduire le navire ivoire à bon port. A 15 mois de l'échéance présidentielle, ce challenge reste entier, et lui reste encore dans l'ombre du grand maître qui tarde à se décider. « Je peux me représenter si je le souhaite. C'est une nouvelle Constitution. Tous les avis juridiques que j'ai consultés me confirment. Je donnerai ma réponse en 2020. Je peux prendre une décision jusqu'au 28 juillet 2020 », déclare Alassane Ouattara, le lundi 11 février 2019, sur Radio France international. En attendant, les militants sont dans l'expectative.

 

L'équation Soro

Il a certes été sorti de l'écurie Ouattara, et ne peut plus prétendre au poste de successeur désigné comme il se rêvait. Il a même été éjecté du perchoir de l'Assemblée nationale, la deuxième institution du pays, l'éloignant ainsi un peu plus du pouvoir. Mais pour Guillaume Soro, l'ambition nationale n'est pas négociable. « Je peux vous assurer qu'il ne s'est jamais aussi senti proche, et déterminé pour le pouvoir. Ces adversaires le savent, voilà pourquoi ils le combattent par tous les moyens, mais c'est peine perdue », assure cependant un proche de l'ex-président de l'Assemblée nationale.

Depuis son départ de cette institution, l'ancien dirigeant de la Fesci s'est taillé un costume de véritable opposant au régime d'Alassane Ouattara. A la tête de son Comité politique (Cp), il ne manque pas d'occasion pour relever les travers du pouvoir dans lequel il a exercé pendant 8 ans. Entre tweets, déclarations et tournées politiques à l'intérieur du pays, il dénonce « la méchanceté, l'ingratitude et l'égoïsme » des pontes du parti républicain. Ses plus fidèles compagnons, Alain Lobognon et Affoussiata Bamba Lamine, des anciens ministres de Ouattara, l'accompagnent dans cette aventure difficile. « Il connaît la maison et ses acteurs. Ses militants et sympathisants sont d'abord des militants du Rdr, et je peux vous dire qu'ils sont très nombreux. Des cadres, même très proches du président Alassane Ouattara, sont des pro-Soro qui ne veulent pas se dévoiler pour le moment. C'est le successeur le plus sérieux de Ouattara, ils ne veulent pas le reconnaître, mais ils seront forcés de le constater », admet, un tantinet triomphaliste, un lieutenant de Soro. Qui ajoute que le rapprochement entre le député de Ferké et le président Henri Konan Bédié, n'arrange pas les calculs du camp présidentiel. « Il a géré le pouvoir, même pendant des moments très difficiles, il en connaît donc les rouages. Il s'est tissé de solides relations au niveau international. Il est prêt, et ceux qui pensent le contraire se trompent », ajoute t-il.

En un mot, le cas Guillaume Soro demeure une sérieuse équation à résoudre par le Rhdp dans sa conquête du pouvoir en 2020. « Pour nous, ce n'est pas un problème. Le Premier ministre Amadou Gon n'est pas son égal, encore moins le président Alassane Ouattara. Ce que vous devez savoir, c'est que Soro est un homme fini qui est aux abois. Le moment venu, nous n'en ferons qu'une bouchée », se convainc au contraire un membre du camp présidentiel, plutôt confiant.

 

Hamadou ZIAO

Hamadou Ziao

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  • SOURCE: L'inter

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