À 13 mois des élections présidentielles : Ouattara quadrille le pays


11/09/2019
À 13 mois des élections présidentielles : Ouattara quadrille le pays
Ph DR

'' Qui veut aller loin, ménage sa monture '', dit le proverbe. Le président ivoirien, Alassane Ouattara, président du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et le paix (Rhdp) semble bien dans cette dynamique. A quelque 13 mois des élections présidentielles de 2020 (premier et second tour) qui s'annoncent très disputées, le leader du Rhdp, qui veut coûte que coûte perpétuer son œuvre à la tête de l’État, vient de mettre en route son équipe commando.

Pour la dernière ligne droite avant le scrutin présidentiel, une cinquantaine de personnalités ont été choisies pour aller à la bataille et ramener le trophée à la maison. « C'est une équipe de mission et de combat », a souligné le ministre Sidi Touré, porte-parole du gouvernement Gon III à l'issue du premier conseil des ministres de la nouvelle équipe le jeudi 05 septembre 2019. « Ce gouvernement aura essentiellement pour mission d'accélérer des initiatives portées par le Premier ministre, en tant que chef du gouvernement, notamment le plan social qui a été lancé en début d'année 2019 », précise le ministre Touré, par ailleurs en charge de la Communication et des Médias.

C'est là, sans nul doute, une des missions confiées à l'équipe Gon III. Mais à regarder de près la composition du nouveau gouvernement et le choix des personnalités qui y figurent, on résiste difficilement à la tentation de dire, comme Mamadou Koulibaly, le leader de Lider, qu'il s'agit aussi d'une équipe de campagne. Certes, ces personnalités sont avant tout des membres du gouvernement censés travailler pour l’État de Côte d'Ivoire. Mais elles sont également cadres du Rhdp, dont le leader est aussi président de la République. Elles pourraient facilement capitaliser leurs actions gouvernementales pour le compte du parti au pouvoir.

Le président du Rhdp le sait, et a ainsi procédé à un maillage du territoire national pour s'assurer que sa voix et ses actions seront portées partout. Une sorte de géopolitique bien connue des stratégies des leaders africains pour s'assurer les voix des populations. Il a, pour ainsi dire, quadrillé le pays dans la perspective des élections de 2020, prenant ainsi une longueur d'avance sur les potentiels adversaires de sa formation politique dans la bataille électorale. « C'est de bonne guerre, et le président fait d'une pierre deux coups. Non seulement, on ne peut lui reprocher d'avoir nommé des ministres puisqu'il en a pleinement le droit, mais en plus, il s'assure d'avoir des fils et filles de toutes les régions de la Côte d'Ivoire avec lui. C'est plutôt bien pensé, avec les âpres batailles électorales qui arrivent », analyse un diplomate en poste à Abidjan.

 

Les zones difficiles 

Pour la région du Sud-Comoé, réputée proche de l'ancien régime, les ministres Marcel Amon Tanoh et Eugène Aka Aouélé devraient travailler à une percée du Rhdp dans cette zone difficile.

La Mé, une autre région jugée impénétrable pour l'actuel parti au pouvoir, est placée sous la coupole du ministre Joseph Seka Seka, et du secrétaire général de la présidence de la République, le ministre Patrick Achi. Le challenge y est entier. Le gouverneur Robert Beugré Mambé, les ministres Tchagba Laurent, Paulin Claude Danho, François Amichia, Abdourahmane Cissé, Gilbert Koné Kafana, ainsi que les maires Rhdp sont attendus pour dompter le district d'Abidjan. Ce district comptant le plus grand nombre d'électeurs en Côte d'Ivoire, les élections y sont déterminantes pour la victoire.

La région des Grands ponts est également une zone à conquérir. En cela, le président Ouattara devra compter sur le nouveau ministre, fils de la région Emmanuel Esmel Essis, qui sera appuyé par son collègue Claude Isaac De pour porter haut les couleurs du Rhdp.

Tout comme dans l'Agnéby Tiassa avec la reconduction dans ses fonctions de ministre de Maurice Bandama. Il pourra bénéficier de l'appui du directeur général de l'Ageroute, Pierre Demba, lui aussi fils de la région.

Dans le Gboklé, une région listée parmi les zones difficiles, le positionnement de Philippe Legré est un levier sur lequel le président Ouattara pourrait jouer pour contrer des adversaires comme l'ex-ministre Alain Lobognon. Ce dernier ne cache plus son aversion pour les actuels tenants du pouvoir. On pourrait même dire sans se tromper qu'il a le couteau entre les dents contre eux. Il sera le porte-voix de Guillaume Soro, qui se prépare à lancer '' Générations et peuples solidaires '' (GPS) et à candidater pour la présidentielle de 2020, auprès de ses parents du Gboklè.

A quelques kilomètres de là, dans la région de San Pédro, Félix Anoblé, désormais ministre plein, devra mériter cette nomination en réalisant un bon score pour le Rhdp. Le Lôh Djiboua sera géré par le ministre Amédé Koffi Kouakou, quand la Nawa devra être soumise par son collègue Alain Richard Donwahi.

La ministre Anne Désirée Ouloto croisera le fer avec de farouches adversaires dans le Cavally, une zone traditionnellement acquise à la cause du parti de Laurent Gbagbo, et qui a souffert le martyr pendant la période de guerre en Côte d'Ivoire.

Quant au ministre Touré Mamadou, son défi reste entier dans le Haut Sassandra face à de vieux briscards de la politique issus du Pdci-Rda, dont Alphonse Djédjé Mady.

Le Bélier est l'affaire des ministres Raymonde Goudou Coffie, Souleymane Diarrassouba, Brice Kouassi, qui pourront compter sur l'appui du président du Sénat, Jeannot Ahoussou Kouadio, bien introduit au sein de la chefferie et la communauté baoulé, ainsi que de celui du gouverneur du district de Yamoussoukro, Augustin Thiam.

La région du Gôh, reconnue comme le bastion de son farouche adversaire, l'ancien président Laurent Gbagbo, n'a pas été oubliée. Alassane Ouattara entend grappiller quelques voix en s'appuyant sur les secrétaires d’État Belmonde Dogo Mys et Aimée Zebeyoux, deux filles de la région.

Sidiki Konaté, Général Vagondo Diomandé et Mabri Toikeusse seront à l’œuvre dans le Tonkpi, un bastion de l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire (Udpci) du dernier cité.

Siandou Fofana, Pascal Abinan Kouakou officieront dans l'Indénié-Djuablin.

Dans le Gontougo, les ministres Kobenan Kouassi Adjoumani, Siaka Ouattara feront le boulot.

La Marahoué a été confiée à Epiphane Bi Zoro, qui pourra compter sur le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), Charles Diby Koffi dont l'influence dans la région ne fait aucun doute.

Dans la région du N'Zi, les ministres Ramata Ly-Bakayoko, Adama Coulibaly, et Lataille Koffi N'guessan, sont allés annoncer leur nomination à leurs parents de cette région le dimanche 08 septembre dernier. Ils demanderont sans nul doute la reconnaissance des populations au chef de l’État au moment opportun.

 

Les zones moins difficiles et acquises 

On peut citer ici la région de Gbêkê, rudement disputée avec le parti de Henri Konan Bédié. Le positionnement des ministres Jean Claude Kouassi, Amadou Koné, Sidi Tiémoko Touré, devrait donner une longueur d'avance au Rhdp dans cette bataille. Ils sont déjà à l’œuvre pour y casser l'influence du Pdci.

Également dans le Bounkani, le président Ouattara peut compter sur les ministres Sansan Kambilé et Nialé Kaba.

Le Bafing sera l'affaire de la paire Mamadou Sanogo, dont le retour au gouvernement est salué par ses parents, et Moussa Sanogo, qui mène déjà des actions dans la région.

Moussa Dosso, membre de l'ex-rébellion dirigée par Guillaume Soro, est appelé à se racheter dans la région du Bêrê en y portant la voix du Rhdp.

Dans le Worodougou, le ministre Hamed Bakayoko est un pion sûr du système Ouattara. Il sera accompagné du président de l'Assemblée nationale, Amadou Soumahoro pour annihiler toute velléité d'y compromettre la victoire du Rhdp.

Tout comme dans la Bagoué, où les ministres Bruno Koné, Mariatou Koné, Kandia Camara devraient rassurer le leader du parti houphouëtiste.

Idem pour les régions du Denguélé, du Poro fortement acquises au président Ouattara. Respectivement les ministres Adama Koné et Gaoussou Touré, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly et le ministre Issa Coulibaly, seront plus préoccupés à réaliser un score soviétique qu'à assurer la victoire.

 

Hamadou ZIAO

Hamadou Ziao

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  • SOURCE: L'inter
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