Front populaire ivoirien/A 11 mois de la présidentielle: Simone divise les pro-Gbagbo .

Demba Traoré : « Nous n'aurons pas éternellement la langue de bois »
05/12/2019
Front populaire ivoirien/A 11 mois de la présidentielle: Simone divise les pro-Gbagbo .
L'ex- première dame a lancé un pavé dans la mare

Ça sent la crise dans le camp Gbagbo ou rien ! La sortie de Simone Ehivet Gbagbo, ce samedi 30 novembre 2019, à une assemblée générale des femmes du Front populaire ivoirien (Fpi), passe mal auprès d’une partie des militants.

L’ex-Première dame, dans une séquence sur Laurent Gbagbo, a estimé que l’ancien chef d’État, s’il symbolise la « vision » au sein de sa famille politique, n’est pas pour autant la « vision », celle-ci étant la « Côte d’Ivoire nouvelle ». Elle a aussi insinué que l’ex-président ne devait pas être « l’unique objet » des revendications de son camp.

« Dans le combat que nous menons, nous devons le mettre au centre de nos revendications mais je ne dis pas qu’il doit être l’unique objet de nos revendications. Il est au centre de nos revendications parce qu’il est la tête qui nous représente. Il est la tête qui symbolise notre vision (...) S’il n’est pas là, notre vision est tuée. Mais notre vision, ce n’est pas Gbagbo Laurent. Notre vision, c’est la Côte d’Ivoire nouvelle. Le jour où Gbagbo Laurent ne sera plus là, notre vision ne doit pas mourir. Nous travaillons pour que notre vision soit là aujourd’hui, demain, après-demain …Nous voulons que la Côte d’Ivoire devienne meilleure à partir de cette vision que Gbagbo porte », a argué l’ex-députée d’Abobo dans la salle de la chefferie d’Azito à Yopougon.

Y avait-il dans le propos de Simone Gbagbo un crime de lèse-majesté ? Pour une partie importante des Gor (acronyme voulant dire Gbagbo ou rien), la sortie de cette membre fondatrice du Fpi, en plus d’être inopportune, tenait de la défiance au « chef ». L’ex-députée d’Abobo- dont les ambitions présidentielles se font de plus en plus jour- a été la cible de nombreux contempteurs, jusqu’alors embusqués, certains la taxant, à l’instar d’un certain Affi N’guessan, de vouloir « tourner la page Gbagbo ».

Ce mardi 3 décembre 2019, Demba Traoré, vice-président du Fpi-pro Gbagbo, réputé pour sa proximité avec Nady Bamba, consignait sur son compte facebook : « Nous n'allons pas éternellement avoir la langue de bois. Il ne sera permis à personne ce qui n'a pas été permis au sieur Affi. Personne ne banalisera notre leader. Fier d'être bêtement Gor. A bon entendeur salut ! ».

Cette publication, en forme d’avertissement, avait, selon toute vraisemblance, un destinataire privilégié : Simone Ehivet Gbagbo. Sous le post de Demba Traoré, il y eut un déchaînement de réactions, symptomatique de la division. « Nous sommes tous Gor, Vice-président Demba Traoré. Mais dis-moi où est le problème ? Gbagbo est-il notre vision ? Et lui quelle est sa vision ? J'aimerais savoir ce que tu penses de ça parce qu'il serait bon que chacun se prononce clairement pour que nous sortions de cette polémique qui, au fond, n'a même pas lieu d'être et encore moins de prospérer », réagissait A.G.

« La camarade Simone a donné le ton et nous devons suivre. Je comprends mieux maintenant que le chef est dans une seconde prison qui est la vôtre. Nous n'abandonnerons pas la lutte. Si Gbagbo est bloqué là bas, la relève doit être assurée. Et nous nous mettrons à la disposition de Simone Gbagbo », postait, à son tour, A. M. G.

« C’est Simone que vous comparez à Affi ? Vous êtes complètement hors de la plaque, et des gens applaudissent de telles choses ! », s’indignait, de son côté, V. A. La grande majorité des commentateurs s’est désolidarisée de l’ancien patron du Village des technologies de l’information et de la biotechnologie (Vitib) à Grand-Bassam. Ainsi de K. K., qui a publié : « Comment un parti politique peut avoir pour vision un homme ? Mme Gbagbo s’est exprimée en français. Elle a juste fait un rappel de notre objectif qui est la refondation d’une Côte d’Ivoire nouvelle.

Le président Gbagbo reste et demeure notre référence et notre modèle politique mais pas notre vision car notre vision reste et demeure la Côte d’Ivoire ». Quelques réactions en faveur de Demba Traoré ont été, cependant, enregistrées. Comme celle de C. P. : « Merci VP. Nous sommes Gbagbo ou rien. Il n’y a pas deux capitaines dans un bateau ». D’autres, à l’image de M. K., ont évité de se ranger ouvertement dans un camp. « Le temps nous dira la vérité », a écrit ce partisan de Laurent Gbagbo.

La controverse née de la sortie de l’ex-présidente du groupe parlementaire Fpi va-t-elle se limiter à des querelles sur les réseaux sociaux ? Ce n’est pas tout à fait sûr car l’enjeu véritable du présent débat, c’est bien la participation du Fpi à la présidentielle de 2020. Entre ceux qui se focalisent sur un Laurent Gbagbo, pour l’heure, otage des procédures de la justice internationale, et qui écartent tout plan B, et ceux qui, inversement, sont disposés à une candidature- pourquoi pas de Simone Gbagbo- le fossé s’élargit au fil des jours. De là à redouter un schisme dans la famille des Gor, il n’y a qu’un pas qu’il n’est pas proscrit de franchir.

 

Kisselminan COULIBALY

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