Interview / Situation socio-Politique / Révérend-pasteur Ediémou Blin Jacob : "Celui qui veut créer le désordre n’est pas chrétien céleste''.


14/02/2020
Interview / Situation socio-Politique / Révérend-pasteur Ediémou Blin Jacob : "Celui qui veut créer le désordre n’est pas chrétien céleste''.

Le révérend-pasteur Ediémou Blin Jacob ne veut plus regarder le désordre prospérer au sein de l’Eglise du Christianisme céleste de Côte d’Ivoire. Depuis le lancement annoncé à Abidjan d’un « diocèse Uni » au sein de l’église e par le prophète Samuel Oshoffa, son dernier disciple encore en vie a décidé de donner de la voix pour rappeler les dissidents à l’ordre. Dans cet entretien, il parle également de la réconciliation en Côte d’Ivoire.

Révérend, quelle est cette histoire de « diocèse Uni » au sein de l’Eglise du Christianisme céleste ?

 Le diable veut encore nous empoisonner mais Jésus-Christ va le réprimer. Parce que c’est le siège qui met un diocèse dans le pays. Dans l’Eglise du Christianisme céleste, un pays ne se décrète pas diocèse. C’est le prophète Oschoffa qui dit, tel pays est un diocèse. Il y a des diocèses indépendants rattachés. Et il y a des diocèses qui sont obligatoirement dans le Saint siège. Ça veut dire que si le prophète n’a pas encore quelqu’un capable d’assumer le rôle de chef de diocèse dans un pays, il nomme un Béninois ou un Nigérian à la tête du  diocèse. Ceux qui sont avancés dans l’église, ceux qui ont l’expérience, ce ne sont pas des Ivoiriens. Ce sont les Béninois et les Nigérians. Donc quand le prophète fait d’un pays un diocèse, il nomme quelqu’un de compétent des deux pays-là comme chef de diocèse. Mais quand il y a des hommes compétents dans le pays, alors le prophète fait un diocèse avec un enfant du pays. Donc du vivant du prophète, le Dahomey qui est devenu Bénin, est le siège de l’église. Il y a la République fédérale du Nigéria  qui avait un enfant du pays à la tête du diocèse, le pasteur Bada. Et le diocèse de Côte d’Ivoire avec le révérend Ediémou, nommé depuis 1978. Nous sommes encore là. Au Nigeria, il y a eu déjà trois successions. Papa Bada a été rappelé. Le doyen Adjelekoko a été rappelé. Quand Adjosse que le pasteur Bada avait mis pour le remplacer a été rappelé, il n’y avait plus personne.  Par la suite, il y a eu Jesse. Ici, on voit le désordre. Sinon chaque devancier connait sa place. Dans le temple, chaque devancier connait sa chaise. Chez les fidèles, il peut y avoir des changements. Mais à l’autel, chaque devancier connait sa place. Même absent, personne ne peut s’asseoir à sa place. C’est pour dire que le diocèse est formé par le chef mondial. Et il désigne un chef. Pour la circonstance, il écrit une lettre aux autorités du pays. Un pays ne se lève pas pour créer un diocèse pour aller le donner au chef mondial.

 Comment comptez-vous résoudre cette question ?

Pour nous, cette affaire est déjà réglée. C’est Dieu qui règle. Je ne m’amuse plus. Je ne suis pas venu dans une église pour me fatiguer. On m’a assez fatigué. Et j’ai remis mon sort à Jésus-Christ. Il l’a vu. Avant, je ne me défendais pas ; je me taisais.  Je prends mes responsabilités devant Dieu, devant l’Etat de Côte d’Ivoire, devant les hommes. Ce diocèse uni est un mort-né. Il n’existe pas en Côte d’Ivoire. C’est du vent. On ne va pas laisser le désordre vivre avec notre Christianisme céleste. La Côte d’Ivoire est un pays béni. Chacun peut former sa religion. Avec leur nombre, ils peuvent trouver l’appellation « diocèse uni d’Aka et de Koffi Saint Uriel ». Ça peut arriver. Mais pas Eglise du Christianisme céleste. Non. En ma qualité de président légal de l’Eglise du Christianisme céleste de Côte d’Ivoire, je dis que ce n’est pas une Ong, c’est une religion. Notre couleur est déjà là. Avant, je ne réagissais pas. Maintenant qu’on a réagi, ils doivent être habités par la sagesse, en nous laissant en paix pour aller fonder leur église.

 « Mieux vaut chercher la paix qu’avoir raison ». N’est-ce pas ?

 Du vivant du prophète, il y a des Ivoiriens qui ont fait la tête. Le prophète les a acceptés. Après sa mort, ils ont fait pire, en touchant celui que le prophète a choisi, à savoir Ediémou. Et en appliquant les paroles que le prophète m’a laissées, « mieux vaut chercher la paix qu’avoir raison », « piétine-moi je te demanderai pardon », je suis resté calme jusqu’à maintenant. C’est à cause de la Côte d’Ivoire que l’église a été divisée dans le monde entier. Quand le prophète est mort, le chef du diocèse de la Côte d’Ivoire pour le Bénin, c’était Ediémou. Le chef du diocèse de Côte d’Ivoire pour le Nigeria, c’était encore Ediémou. Il y avait deux chefs au niveau mondial, mais la Côte d’Ivoire était le point d’union de l’Eglise. Le diable est passé par les hommes pour me démettre. Je l’ai accepté.

Parce que Nanan Houphouët m’a dit : « on peut réparer l’injustice ».  Car des devanciers ont menacé de faire du tapage, de créer le désordre. Quand on m’a écarté, il n’y a pas eu un homme pour faire ce que Jésus m’a donné. Pour être le trait d’union entre le Bénin et le Nigeria. Le Bénin a donc nommé un chef du diocèse en Côte d’Ivoire, Agoussou Denis. Le Nigeria a nommé un chef du diocèse en Côte d’Ivoire. Il y a un temps pour chaque chose. C’est Dieu qui élève qui il veut. Ceux qui sont chargés de paroisse, après que le prophète soit mort, que nous-mêmes avons aidé à mettre en place, et qui veulent s’élever contre moi, je veux leur dire que ce n’est pas possible en Afrique. Chez les Blancs, ça peut arriver.

Mais en Afrique, ce n’est pas possible. Les coutumes africaines existent pleinement dans l’église. Je ne parle pas de tradition, mais la coutume. Le respect des aînés est obligatoire. On ne doit pas dépasser les bornes que Dieu a placées pour les aînés.  Le président Houphouët a dit « c’est l’église d’Ediémou ». Le président Gbagbo a fait enquête au Bénin et au Nigeria. On lui a dit que le chef c’est Ediémou. Le président Alassane, par son ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, a fait sa part. Son premier directeur des cultes, Mme Diaby Aminata, a assisté à la cérémonie des chrétiens célestes qui a tissé l’unité autour d’Ediémou.  

Quand Mme Diaby a été remplacée, j’ai dit au DG des Cultes, Bamba Messamba, les gens vont diviser l’église pour perturber le pays. L’unité est déjà faite. Celui qui veut créer le désordre n’est pas chrétien céleste. L’affaire est partie en justice. La Cour suprême nous a donné raison. Je disais au DG des Cultes Bamba que le prophète nous a dit, celui qui divise son église, son pays sera divisé. Si tu ne veux pas que le président Alassane Ouattara ait des problèmes, laisse l’église telle qu’elle est. En ce qui concerne la foi, on ne raisonne pas. L’église, c’est l’obéissance, la soumission aux règles, aux dogmes.  Ils sont tous chaussés. Or, l’église il faut se déchausser  à un certain niveau. Ils veulent le pouvoir, mais refusent de se déchausser.  

A cause de Jésus-Christ, à cause de l’année électorale, je leur demande de se rappeler qu’on ne laissera personne faire ce qu’elle veut. Je dis à Gomé Hilaire de faire attention. Il était chez Gbagbo, Gbagbo est tombé. Qu’il n’aille pas « gâter » où il est en ce moment, au Conseil économique et social. Nous leur demandons de tout faire pour que nous restions « un ».

 Quelle est la position du Bénin et du Nigeria sur l’affaire ?

 La vérité, c’est que ce que Acka a fait n’a eu la caution, ni du siège mondial de Porto Novo, ni du siège où papa Oschoffa est enterré, où se trouve le pasteur Emmanuel Oschoffa. Il n’a reçu aucune autorisation. Il s’est autoproclamé Diocèse uni. C’est du faux et c’est démoniaque. Je demande à Acka, c’est ton tonton Ediémou qui parle, reviens à la maison.  Dis à Gomé Hilaire, Gomé, c’est ton tonton Ediémou qui parle, celui qui a envoyé l’église à Gagnoa, celui qui a fait de ton grand-frère Gomé Lucien, Secrétaire de la paroisse mère, revenez à la maison. Arrêtez vos mensonges et venez dans la vérité. Je ne suis pas fâché contre vous. Vous savez que je vous aime. Et Koffi ? Pourquoi prendre Saint Uriel pour aller à l’Alliance ? Que Dieu ait pitié de nous tous. Je ne suis pas fâché, au risque de me répéter.

Mais je ne veux pas que quelqu’un nous fasse souffrir. J’ai assez souffert. Je ne laisserai plus personne me faire souffrir. Surtout ceux dont je suis l’aîné. Hier, ceux qui me faisaient souffrir étaient plus âgés que moi. Là, j’ai un plus âgé, qui était de l’autre coté, qui est aujourd’hui avec moi, le professeur Sarassoro.   Pourquoi ne voulez vous pas imiter Sarassoro ? C’est un cri du cœur. Rentrez au bercail. Nous irons à Porto Novo, et ensuite nous irons sur la tombe du prophète à Imeko, au Nigeria. Voilà le trajet. Mais je ne vous laisserai pas faire un diocèse uni de Côte d’Ivoire. Que la Vierge Marie nous aide à rester dans l’église.

 Révérend, si vous le voulez bien, nous allons changer l’axe de notre entretien.  Quelle est votre perception de la réconciliation en Côte d’Ivoire ? Est-elle une réalité, selon vous ?

En ma qualité de religieux d’une église africaine, le christianisme céleste, je puis vous dire que les hommes bons ne peuvent se réconcilier avec les hommes mauvais. Au Ciel, il y a les bons anges et les mauvais anges. Quand il y a eu la guerre, les anges mauvais n’ont plus eu part au Ciel. Satan et ses anges ont été dispersés sur la terre. La paix est au Ciel. C’est cette paix que Dieu a envoyée à la Côte d’Ivoire. Je dis la réconciliation est faite parce que la Côte d’Ivoire a été réunifiée. J’ai vu la Côte d’Ivoire divisée. J’ai visité les deux parties. Ceux qui ont divisé la Côte d’Ivoire, le Premier ministre Soro a été l’arbitre ; les présidents Gbagbo et Alassane ont été candidats. Si elle n’était pas réconciliée, cela ne pouvait avoir lieu. Mais puisque nous sommes sur la terre, l’ivraie ne peut pas être la bonne graine. La bonne graine ne peut être l’ivraie. En Côte d’Ivoire, toutes les religions existent et prient librement. Comme l’arc-en-ciel, chacun a sa couleur.

 C’est l’explication d’un point de vue religion. Mais diriez-vous que les différentes communautés vivent aujourd’hui en harmonie ? 

Je dis que c’est uniquement au Ciel qu’il y a la paix. Les mauvais anges ont fait la rébellion au Ciel. Et les bons anges les ont fait venir sur la terre. Sur la terre, les bons anges sont ensemble, les mauvais anges également.  On ne parle pas de réconciliation, mais de vivre ensemble. Aucun pays, à l’heure actuelle, ne fait mieux que la Côte d’Ivoire. Le démon est sur la terre ivoirienne, Paul Yao Ndré l’a dit. Dieu est sur la terre ivoirienne, le général français Poncet l’a dit. Le diable et Dieu ne peuvent pas se réconcilier. Nous essayons de chercher le vivre ensemble.

 Pourtant, vous disiez en off que le président Ouattara a posé des actes concrets dans le sens de la réconciliation. Quels sont ces actes ?

Je voudrais que les gens comprennent que depuis que le président Houphouët a envoyé le président Ouattara pour travailler auprès de lui, tant de jalousie, tant de jalousie. Le président Alassane était le gouverneur de la Bceao, on n’entendait pas parler de lui.  Il signait sur les billets que nous utilisions. Il était quand même un homme important. Dès que le président Houphouët a demandé à Alassane de venir auprès de lui, les murmures ont commencé. En 2011, le président Ouattara a mis en place la commission dialogue vérité et réconciliation (Cdvr) qui était chargée de faire la lumière sur ce qui s’est passé. Surtout pour qu’il y ait la réconciliation. Le président a dit qu’il a donné 16 milliards de fcfa. Il a vu que des paperasses, mais pas la réconciliation. Puisque cela n’a pas pu se faire, le président Ouattara a fait l’effort pour mettre en place un autre instrument de la réconciliation : La Conariv, la Commission nationale de réconciliation et d’indemnisation des victimes.

Pour la Cdvr, il a confié la mission au « Premier ministre des Blancs », le gouverneur Banny Charles. Il est membre du Pdci. Si on donne 16 milliards fcfa à n’importe qui, il réconciliera la Côte d’Ivoire.  Mais puisque le Premier ministre n’a pas pu, nous mettons cela au compte des aléas du diable. Il a su que c’était le diable qui avait empêché la réussite. Il met deux titans à la Conariv : Boikary et Ahouana, deux grands religieux. Après ces travaux, s’il n’y a pas la réconciliation, est-ce la faute à Ouattara ? Est-ce que Ouattara n’a pas fait son travail de réconciliation ? Si. Craignons Dieu. Soyons un peu reconnaissants envers Ouattara pour que Dieu nous donne la vraie réconciliation. Parce que pour les chrétiens, la réconciliation est un ministère.  Donc le gouvernement doit avoir un ministère de la réconciliation permanemment. Ouattara a fait ce qu’il devrait faire pour la réconciliation. Il n’y est pour rien s’il y a eu échec.

 Etes-vous en train de dire que les responsables de l’échec de la réconciliation sont Banny et Mgr Ahouana ?

 Non, ce n’est pas ce que je dis. Je dis que le responsable de l’échec, c’est le diable.  Yao Ndré a dit que le diable est là. Si on se rappelle, Dieu sera avec nous.  Ce n’est pas le Premier ministre Banny, ni Mgr Ahouana qui sont les responsables, mais le diable.

 Vous dites souvent « Nul ne remplace l’expérience ». En Afrique du Sud, où il y a eu l’apartheid, il y a eu un modèle de réconciliation qui a marché,  c’est la commission « vérité et réconciliation » ; avouer son crime, et être pardonné. Au Rwanda, on a connu les Gachacha, les tribunaux traditionnels, un modèle qui a aussi marché, après le génocide de 1994.  En Côte d’Ivoire, il n’y a pas eu de modèle. En dehors du diable, qui est responsable de l’échec ? Le président Ouattara ou ceux qu’il a nommés ? Dans le deuxième cas, n’est-il pas responsable pour avoir nommé des hommes qui n’ont pas été à la hauteur de la mission ?

(Rire). C’est ce qui a fait mon palabre avec le Premier ministre Banny. Quand il formait l’équipe de la Cdvr, j’ai envoyé le pasteur Kaha pour le voir.  J’ai demandé quelle réconciliation nous voulons faire. A l’Africaine, comme en Afrique du Sud et au Rwanda ? A l’Européenne ? A l’Américaine ? Comme dans nos villages selon nos coutumes ? Le pasteur Kaha n’est plus revenu pour me donner les nouvelles. On était trop sûrs de nous. Le président a fait son travail. Mais les agents qui devaient faire le leur étaient trop confiants, convaincus qu’ils allaient réussir. Et ils n’ont pas prié. Ils n’ont pas appelé Dieu à leur aide. On a échoué parce qu’on n’avait pas de modèle type de réconciliation. On a divagué. Mais c’est le diable qui nous a distraits.

Depuis le Nigeria, le pasteur Emmanuel Oschoffa désavoue ses frères qui ont cautionné le diocèse Uni

 A peine porté sur les fonts baptismaux, le samedi 1er février 2020, que le diocèse uni de Justin Acka a déjà du plomb dans l’aile. En effet, les organisateurs de la cérémonie qu’ils ont voulu « XXL », auraient frappé un grand coup, en faisant déplacer trois enfants du prophète fondateur de l’église, Samuel Biléou Joseph Oschoffa. Ce sont Oschoffa Tosho Mathieu, Edith Oshoffa, tous deux venus du Nigeria, et Jacob Oshoffa, venu de la terre sainte des « pieds nus », le Bénin. Sauf que seulement 24 heures après le « show », c’est la douche froide. Le fait est que ces trois « Oshoffa » auraient été  présentés comme des émissaires de leur aîné, le pasteur Emmanuel Oschoffa du trône du Nigeria, pour être des « observateurs » à l’Ag du diocèse uni. « Je ne l’ai (Tosho Oschoffa) pas envoyé là-bas », a d’abord déclaré  l’aîné des Oschoffa, joint par téléphone, en présence de journalistes, par Elysée Oschoffa, l’un de la lignée, mais de mère ivoirienne, en pleine conférence de presse du pasteur Ediémou. « Il m’a dit qu’on l’a invité en Côte d’Ivoire pour une action de grâce, sans même me dire que c’était Acka. Je ne suis ni de près ni de loin mêlé à cette affaire de Diocèse uni » a-t-il tranché, laissant orphelins ses jeunes frères assumer leur choix.

H.O

 

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