Grâce présidentielle aux pro-gbagbo: Banny d'accord, mais...

Son message à Blé Goudé
08/12/2012
Charles Konan Banny avait à ses côtés les autres membres du bureau central de la Cdvr
Charles Konan Banny ne voit pas d'inconvénient à ce que des pro-Gbagbo en détention bénéficient d'une grâce présidentielle. Il l'a fait savoir hier, vendredi 7 décembre, à l'occasion d'une conférence de presse animée à son cabinet privé à la Riviera 3.

Une fois n'est pas coutume, c'est le président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation( Cdvr) lui-même qui était devant la presse, entouré des autres membres de son bureau. Invité à commenter l'éventualité d'une grâce présidentielle dont pourraient bénéficier les prisonniers pro-Gbagbo en cette fin d'année, Banny a dit être, sur le sujet, en phase avec le chef de l'Etat.

Il a dit partager la position du président Alassane Ouattara de laisser la justice faire son travail avant une éventuelle grâce présidentielle. « Que le juge condamne ou relaxe. Et que le chef de l'Etat gracie s'il veut, parce que ça va contribuer à l'apaisement des coeurs », a-t-il déclaré, non sans ajouter qu'une telle mesure doit prendre également en compte les attentes des victimes. « Le président peut gracier mais moi je pense aussi à la victime. Grâce et réparation doivent aller ensemble, sinon on recommence », a-t-il nuancé. Soucieux d'associer tous les enfants de ce pays au processus de réconciliation, Banny a dit ne pas être indifférent à l'appel que lui a lancé Charles Blé Goudé. L'ex-leader des jeunes patriotes, faut-il le rappeler, avait souhaité rencontrer Banny pour discuter de sa participation à la réconciliation. « Blé Goudé nous a écrit », a en effet admis le président de la Cdvr.

Toutefois, a-t-il renchéri, « je ne peux pas courir derrière chaque Ivoirien. Je mets en place un mécanisme et je demande à chacun de venir entrer dans le processus ». Au-delà de la personne de Blé Goudé, le président de la Cdvr a dit être soucieux d'y impliquer les autres partisans de l'ancien président Laurent Gbagbo, qu'ils soient au pays ou à l'extérieur.

Il a cependant fait savoir qu'il n'a pas jusque-là été au Ghana pour y rencontrer les exilés pro-Gbagbo, ni à La Haye pour voir Laurent Gbagbo. « Je n'ai pas fait de voyage au Ghana. Mais est-ce que cela veut dire que je n'ai pas de contact avec ceux qui sont là-bas ? Je ne suis pas allé à La Haye. Est-ce à dire que nous ne devons pas tenir compte de son opinion( celle de Laurent Gbagbo, détenu à la prison de Scheveningen à La Haye, ndlr) pour la réconciliation ? La réconciliation, je vous l'ai dit, doit être inclusive », a soutenu Banny.

Tout en soulignant que toutes ces personnes ne sont pas « les oubliés de la réconciliation », il a toutefois relevé qu'il ne faut pas non plus réduire la réconciliation à ceux-là.

CONSULTATIONS NATIONALES DANS QUELQUES JOURS

Avant d'aborder toutes ces questions, le président de la Cdvr a dressé le bilan des actions posées jusque-là et surtout levé le voile sur les prochaines étapes. Il a notamment annoncé les consultations nationales pour ce mois de décembre. « Avant le 15 décembre », a-t-il dit précisément, ajoutant que cette phase va permettre de préparer les audiences publiques attendues par tous. Ces consultations nationales, a insisté Banny, seront l'occasion de recenser les attentes des Ivoiriens. Dans le même temps, il sera procédé à l'installation des commission locales à l'intérieur du pays et à Abidjan. « Nous allons commencer par les zones qui ont connu le plus grand drame : l'Ouest, le Sud-Ouest et le Centre », a-t-il indiqué. Le travail de ces commissions, a soutenu le président de la Cdvr, va préparer l'enquête destinée à faire la lumière sur les crimes qui ont été commis pendant ces années tragiques.

Au dire de Banny, le dispositif devant permettre de conduire cette enquête est déjà prêt. « Notre objectif n'est pas de remuer le couteau dans la plaie, mais de savoir la vérité : qui a fait quoi et pourquoi ? », a dit Banny au sujet de l'enquête. Malgré la pression du temps, tout ce travail ne sera pas bâclé. « La mission est trop importante pour se précipiter », a-t-il tenu à préciser, non sans ajouter que « le délai de deux ans qui (leur) a été imparti sera respecté ».

Banny a par ailleurs salué les actes posés par le président Ouattara suite aux recommandations faites par la Cdvr après qu'elle eût rencontré différentes couches sociales. « Nous avons été entendus, cependant il faut aller plus loin. Au retour du chef de l'Etat, nous irons lui faire des suggestions pour dénouer certains nœuds qui empêcheraient les uns et les autres d'aller plus loin », a-t-il révélé.

Assane NIADA

Assane Niada

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  • SOURCE: L'inter

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