Burkina/ Présidentielle 2015 : Le vide se fait autour de Compaoré

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burkina-presidentielle-2015-le-vide-se-fait-autour-de-compaore Le président Blaise Compaoré ici avec son homologue français François Hollande, lors de sa visite d’amitié en France du 17 au 20 septembre 2012 (Photo d'archives)
Afrique & Monde

Après la fronde de certains ténors du CDP le 4 janvier dernier, le parti au pouvoir au Burkina vient de subir un autre revers. L’ADF-RDA, une formation alliée, a décidé d’abandonner Blaise Compaoré qui apparaît aujourd’hui comme un capitaine isolé à bord d’un navire menacé de naufrage.

Alors que les négociations entamées entre le collectif de l’opposition et le parti au pouvoir ont été suspendues depuis le 11 mars dernier pour désaccord sur les conditions des pourparlers, un autre événement vient compliquer la situation du Congrès pour la Démocratie et le progrès (CDP). A l’issue de son 15e congrès ordinaire du 16 mars à Ouagadougou, l’Alliance pour la Démocratie et la Fédération- Rassemblement Démocratique Africain (ADF-RDA), un allié du parti au pouvoir, vient de se désolidariser de Blaise Compaoré.

Le président de cette formation Noël Ouédraogo s’est opposé à l’organisation du référendum sur la Constitution qui permettrait au président sortant de briguer un nouveau mandat en 2015. Il a même clairement affiché l’intention de l’ADF-RDA de se positionner pour la course au palais de Kossyam, le siège de la présidence burkinabé. Cette rupture entre le CDP et son allié, après plusieurs années de gestion commune des affaires de l’Etat, tombe au très mauvais moment pour le N01 burkinabé. En effet, elle intervient deux mois seulement après le départ de plusieurs élus du CDP, dont des têtes fortes comme Salif Diallo, Roch-Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré et autres qui viennent de créer leur propre parti, le Mouvement des Peuples pour le Progrès (MPP).

C’est un sérieux revers politique pour le président au pouvoir depuis 27 ans, d’autant plus que ces deux événements successifs montrent que son projet de réforme de la Constitution ne rencontre pas l’adhésion, non seulement de l’opposition, mais aussi de ses propres partisans et alliés. Blaise Compaoré qui s’est envolé le même jour où prenait fin le congrès de l’ADF-RDA, pour une visite privée de 6 jours en France, mettra sûrement à profit ce temps hors du pays, pour évaluer ses chances de réussir le passage en force qu’il veut tenter en 2015. Tiendra t-il compte du vide qui se fait autour de lui, pour revenir à la raison, ou bien va-t-il s’enfermer dans cet isolement et poursuivre son projet coûte que coûte ? L’on annonce que pendant son séjour dans l’Hexagone, le président burkinabé pourrait échanger avec des personnalités françaises. Est-il à la quête de soutiens ?

Au cours de sa visite d’amitié de trois jours en France du 17 au 20 septembre 2012, outre François Hollande qu’il n’avait jamais rencontré avant leur entretien de 45 minutes à l’Elysée, le président du Faso avait pris langue avec deux autres personnalités françaises, qu’il compte parmi ses amis. Il s’agit de l’ex- président Nicolas Sarkozy et de l’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard. Mais de quelle utilité ces deux hommes qui ne sont plus aux affaires, pourraient-ils être pour Blaise Compaoré, s’ils figuraient éventuellement sur son agenda ? Apparemment pas grand-chose, surtout que Sarkozy, lui-même est empêtré dans un faisceau d’affaires qui pourraient hypothéquer son retour sur la scène politique française.

Du côté des actuels tenants du pouvoir en France, Compaoré n’est forcement pas persona non gratta. Son rôle de médiateur patenté et de fin connaisseur des crises régionales, notamment en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Mali, trois pays de l’espace francophones, pourrait lui valoir le silence de Paris, s’il fait sauter le verrou de l’article 37. La France qui s’est beaucoup investie dans le retour de la paix dans ces pays, aura certainement besoin de l’entregent de ce vieux renard de l’échiquier politique sous-régional, de la même race que le Tchadien Idriss Déby et le Camerounais Paul Biya, deux dirigeants dont s’accommode François Hollande aujourd’hui.

Charles d’Almeida

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