Guinée / élection présidentielle : Un clin d’œil sur le candidat Apha Condé


17/10/2020
Guinée / élection présidentielle : Un clin d’œil sur le candidat Apha Condé
Alpha Condé, candidat pour un troisième mandat.

Demain dimanche 17 octobre 2020 se tiendra le scrutin présidentiel en Guinée. Et Alpha Condé est candidat à sa propre succession pour un 3è mandat. Une situation possible grâce à la nouvelle Constitution de mars 2020 qui lui permet ce droit. Revenons sur la vie de cet opposant historique des présidents Sékou Touré et Lansana Conté.

Né le 4 mars 1938 dans la région de la Basse Côte, ce Malinké d’origine, éduqué au collège des pères, part en France dès l'âge de 15 ans pour suivre ses études. Au lycée Turgot à Paris, il tisse des liens d’amitié qui dureront toute sa vie, notamment avec Bernard Kouchner. À la Sorbonne, mais aussi à Sciences-Po, Condé côtoie Jean-Pierre Chevènement, André Santini, Pierre-André Wiltzer, Michèle Alliot-Marie et surtout l'africaniste Albert Bourgi qui restera l’un de ses plus

Alpha Condé traîne une sulfureuse réputation de « gauchiste » à la « mauvaise influence » sur les étudiants africains qu’il prend sous son aile et guide dans les couloirs de la cité universitaire.

Il milite au SNESUP (Syndicat national de l'enseignement supérieur) et à la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France dont il devient président, puis coordinateur des groupes nationaux à l’époque où l’organisation se déchire en luttes fratricides qui opposent les orthodoxes pro-Moscou aux partisans de la Chine ou de l’Albanie dont il fait partie.

D’abord favorable à Sékou Touré qui vient de proclamer l’indépendance après le « non » historique au référendum de 1958, il s’en éloigne trois ans plus tard au vu du tournant autoritaire que prend le régime qui le condamnera à mort par contumace en 1970. 

 

Au milieu des années 1970, Alpha Condé entre à la société de négoce Sucres et Denrées, mais ne perd pas de vue la politique. Il voyage dans toute l’Afrique de l’Ouest et pose les bases de ce qui deviendra son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG).

Il rentre au pays en 1991 et se présente à l’élection présidentielle en 1993, puis en 1998, mais il est arrêté peu avant la proclamation des résultats et condamné à cinq ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État au terme d’une « guérilla judiciaire ».

Gracié trois ans plus tard, il sort de prison.

En 2010 « l'opposant historique » n'a jamais été membre d'aucun gouvernement et s’en sert pour présenter une image de candidat neuf aux « mains propres ».

 

Dix ans plus tard, Alpha Condé se targue d’avoir mis au pas l’armée, construit des barrages hydroélectriques qui devraient démultiplier la production énergétique du pays et réviser les contrats miniers. Mais la population ne ressent pas les retombées de la forte croissance, portée uniquement par l’exportation de bauxite.

 

Au milieu des années 2010, la Guinée a pris le pari d’approvisionner l’industrie chinoise après que l’Indonésie a interdit la vente du minerai brut pour encourager la transformation locale et que la Malaisie a décidé d’en suspendre sa production, car trop polluante.

Ainsi, le pays termine pour la première fois un programme économique et financier avec le FMI. Malgré cela, il stagne toujours en queue de peloton des indicateurs de développement.

« Même président, Alpha Condé continue de faire des discours d’opposant », juge un observateur. Ses cibles favorites sont ses deux principaux concurrents politiques, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, deux anciens Premiers ministres qu’il accuse d’avoir « mis le pays à terre » lorsqu’ils étaient aux affaires sous le régime militaire de Lansana Conté. Mais au fil des années, le chef de l’État a fait revenir auprès de lui nombre d’anciens cadres de la Seconde République. Parmi eux, son actuel Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, son conseiller spécial, Tibou Camara, ou le secrétaire général à la présidence, Kiridi Bangoura. Une ancienne garde qui cohabite avec de nouvelles têtes, plus jeunes, comme son chef de cabinet, Ibrahima Khalil Kaba, ou son chef du protocole, le très énergique et multitâche Mamadi Sinkoun Kaba. 

Alpha Condé a la politique dans le sang. « Il y a consacré toute sa vie », fait remarquer l’analyste Kabinet Fofana. Même ses plus fervents adversaires reconnaissent ses talents de stratège. Il a su diviser l’opposition en lui tendant la main, faisant rentrer au gouvernement certains de ses plus fervents détracteurs comme Mouctar Diallo, actuel ministre de la Jeunesse ou encore Sidya Touré qui occupe pendant plus d’un an le poste de haut représentant du chef de l’État. Il sait jouer de la rivalité qui oppose Bah Oury à Cellou Dalein Diallo, les frères ennemis à la tête de l’UFDG. Accusé de jouer la carte ethnique, Alpha Condé s’en défend, invoquant ses compagnons de lutte peuls ou encore ses convictions panafricanistes.

Réélu dès le 1er tour en 2015, le président promet de dédier son second mandat aux femmes et aux jeunes mais son gouvernement n’applique pas encore la parité introduite dans la nouvelle Constitution. Surnommé « Papa promesse » par ses détracteurs, Alpha Condé annonce, décide, ordonne : « Une tablette pour chaque étudiant », la « santé gratuite pour tous », « l’électricité, l’eau courante », « des emplois pour les jeunes » … Et s’exaspère de voir que l’exécution fait défaut.  La raison, selon ses proches ? Le chef de l’État est omniprésent et veut tout contrôler, au risque de tomber dans la micro-gestion. Il lui arrive d’appeler directement de simples citoyens pour s’enquérir de l’état de son pays.

En 2013, il prend personnellement en main la réponse à l’épidémie d'Ebola. Encore aujourd’hui, on l’entend commander les boîtes de sardines destinées à confectionner les sandwichs pour ses délégués de campagne ou les tee-shirts aux couleurs du parti. « Alpha Condé se noie dans les détails », regrette un proche. Il aime le contact ; en plein meeting, il descend de l’estrade et disparaît dans la foule, « ce qui rend folle sa garde rapprochée ». Le président va vite, très vite. Il vit à un rythme effréné sautant d’avions en hélicoptères pour inaugurer à tout va. Il prend néanmoins le temps d'éplucher la presse internationale ou parler de son parcours. Il connaît tous les secrets de la politique africaine et française et prend un plaisir visible à évoquer ses relations avec les grands de ce monde.

« Je serai le Mandela de l’Afrique de l’Ouest », proclamait-il au lendemain de son élection en 2010, en référence à son passé d’opposant emprisonné. Mais Mandela n’a fait qu’un mandat, rappellent ses opposants. Il est « la plus grande désillusion de l’histoire politique de notre pays », réagit le Front national de défense de la Constitution à l’annonce de sa candidature à un troisième mandat après l’adoption controversée d’une nouvelle Constitution.

Même ses amis de longue date peinent à évoquer ce « revirement ». Alpha Condé s’agace. « Est-ce que la Guinée est le seul pays où un président en exercice fait une nouvelle Constitution qui peut lui permettre de se représenter ? Pourquoi en fait-on un scandale ? » Il semble convaincu de ne pas avoir terminé son travail : « Nous n’avons eu que sept ans et demi avec l’épidémie Ebola », lance-t-il à ses militants. « La Sierra Leone et le Liberia aussi », lui répondent ses détracteurs.

« Il y a aussi une logique personnelle, c’est moi ou rien… Il trouve que permettre une alternance est une sorte de capitulation. Il estime que les premiers présidents sont morts au pouvoir, alors pourquoi pas lui ? », analyse Kabinet Fofana. « Il a peut-être raison mais l’hubris du pouvoir semble lui tourner la tête », estime un proche qui a vu « s’aggraver le tempérament autoritaire » de l’ancien « Mao » converti à la démocratie.« Je veux que la jeunesse prenne le pouvoir ! », lance-t-il à ses militants. Mais à 82 ans, Alpha Condé reste plus déterminé que jamais à rempiler pour un troisième mandat et n’a fait émerger aucun dauphin potentiel. 

 

Source : Rfi

Alain Zadi

Alain Zadi

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  • SOURCE: Linfodrome

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