Fête du 9 mai, expulsion des ambassadeurs, affaire Navalny, mandats de Poutine… : Vladimir Baykov, ambassadeur de Russie en Côte d'Ivoire, sans détour

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fete-du-9-mai-expulsion-des-ambassadeurs-affaire-navalny-mandats-de-poutine-vladimir-baykov-ambassadeur-de-russie-en-cote-d-ivoire-sans-detour Vladimir Baykov, ambassadeur de la Fédération de Russie en Côte d'Ivoire, s'est prononcé sur plusieurs points importants.
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Le 9 mai 2021, la Russie célèbre le 76è anniversaire de la grande victoire sur l'Allemagne nazie. Que représente cette fête pour les russes ? Vladimir Baykov, ambassadeur de la Fédération de Russie en Côte d'Ivoire en parle dans cette interview, sans oublier les tensions diplomatiques auxquelles son pays fait face à travers le monde.

Le 9 mai, c'est la célébration de la grande fête de la victoire. Que représente cette fête pour la Russie ?


A titre de rappel, je voudrais dire que cette Russie que nous avons actuellement n’existe que depuis 30 ans, c'est à dire depuis 1991. Avant, c’était la grande Union Soviétique, avant c’était l’Empire russe. Mais pour la Russie d’aujourd’hui, la date du 9 mai est une date sacrée, parce qu'elle permet de bien insérer la cohésion et l'union au sein de toute la population russe. C’est une date qui nous rappelle que si nous sommes là aujourd’hui, c’est grâce à cette grande victoire remportée par le grand peuple soviétique en 1945, et qui a permis de sauver, pas seulement l’Union Soviétique de l’époque, mais l’humanité toute entière. C’est cela l’importance historique de cette date pour nous. Elle nous réunit tous, riches, pauvres, retraités etc. C’est vraiment la date qui ne crée pas de divergences, de contradictions au sein de la société russe. N’oublions pas que c’est par la contribution capitale de l’armée Rouge et du peuple soviétique, qu’on a eu cette victoire, qu’on a pu écraser le nazisme, l’Allemagne hitlérienne. Et il est important de souligner que c’était le peuple soviétique, la grande Union Soviétique qui supportait le fardeau de cette guerre, la plus sanguinaire de l’histoire de l’humanité. C’était aussi une Grande Guerre Patriotique pour nous. Précisons que la Deuxième Guerre mondiale a commencé en 1939 et s’est terminée le 2 septembre 1945, avec la capitulation du Japon. Pour nous les soviétiques, c’était une autre guerre qui faisait partie de la Deuxième Guerre mondiale et c’était la Guerre patriotique qui a commencé avec l’invasion de l’Allemagne nazie le 22 juin 1941 et qui s’est terminée le 9 mai 1945 à Berlin avec la capitulation de l’Allemagne nazie.

Vous l'avez dit, cette date est importante pour la Russie à cause de cette grande victoire. Mais d’un autre côté, l’histoire nous apprend que cette victoire a été obtenue avec l’appui des troupes alliées, notamment les Etats-Unis, le Royaume Uni et d’autres pays. Mais pourquoi la Russie en fait une affaire personnelle ? 

Cette année, nous allons célébrer le 76e anniversaire. Vous imaginiez bien qu’il ne reste pas beaucoup de personnes qui ont effectivement pris part au combat. Les plus jeunes déjà ont près de 95 ans et ça veut dire que la mémoire collective s'efface avec les personnes qui étaient les témoins oculaires et qui ne sont plus là. C’est pourquoi il est très important de garder la vérité historique. Le problème est qu’actuellement, malheureusement dans cette époque de confrontation on peut dire géopolitique, il y a des tentatives de réécrire l’histoire, et de bien montrer autrement qui était qui et de quel côté on était. Maintenant il y a certaines tentatives cruelles même, de nous accuser d’être aussi à l’origine de cette Deuxième Guerre mondiale. C’est quelque chose d’incroyable. C’est pourquoi nous en Russie, nous essayons de bien défendre cette vérité historique, de ne pas permettre de falsifier l’histoire. En premier lieu, bien sûr et vous avez raison, l’Union Soviétique n’était pas la seule à combattre le nazisme, il y avait les alliés qui ont apporté beaucoup. Nous n’oublierons jamais la grande aide apportée par les Etats-Unis. Ils ont pratiquement assuré la survie de notre industrie de défense dans le secteur de la production des chars, des avions. Ils ont apporté beaucoup de matières premières pour nous car beaucoup de nos usines avaient été détruites et donc grâce à ces livraisons d’équipements militaires, de matières premières, de vivres qui venaient des Etats-Unis en premier lieu, nous avons réussi aussi à tenir et à assurer les tournants décisifs dans les batailles contre les troupes nazies. N’oublions pas aussi les grands convois maritimes de nos alliés britanniques. Ils ont joué un rôle important et même capital pendant les premières années de la Grande Guerre Patriotique. Nous autres les héritiers de cette victoire sommes très reconnaissants à nos alliés. Mais ce qui reste toujours important à souligner, et c’était reconnu à l’époque par nos alliés, c'est que c’est l’Union soviétique qui a supporté le fardeau de la bataille contre l’Allemagne nazie. Sans entrer dans les détails avec les grandes statistiques, mais il faut bien donner des chiffres. Presque les ¾ des troupes de l’Allemagne nazie et de ses alliés étaient concentrés sur le front de l’Est contre l’Union Soviétique. ¾ ça vous donne déjà l’idée de leur importance. Autre chose, on parle de pertes en vies humaines et jusque-là, on ne connaît pas le nombre exact, le chiffre précis, mais actuellement on évalue les pertes en vies humaines de l’ex Union Soviétique à 27 millions. C’est autant que la population de votre beau pays. 27 millions. Si on dit que les pertes totales en vies humaines dans la Deuxième Guerre mondiale se chiffrent à peu près de 60 millions, presque la moitié est supportée par l’ex Union Soviétique. C’est l’Union Soviétique qui a souffert le plus pour que la Russie comme son héritière en droit se sente autant concernée par cette fête. Il faut donc éviter et je le souligne une fois de plus des tentatives de certains pays en Europe de mettre sur le même banc des accusés l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique de l’époque. 

De façon concrète, comment cette fête va être célébrée cette année, déjà ici en Côte d’Ivoire mais aussi en Russie ?

Cette année, on a pris déjà les mesures de précaution avec la pandémie de Covid-19. Le défilé aura bel et bien lieu, pas seulement à Moscou, mais dans toutes les grandes villes de mon pays. Et bien sûr avec les mesures sanitaires, il n’y aura pas beaucoup de spectateurs. Et tout est fait pour que les militaires qui vont prendre part à la cérémonie, respectent les mesures de distanciation sociale et le port de masque. Pour les célébrations populaires, on prévoit plutôt des manifestations en ligne et quelques grands rassemblements prévu comme l’année dernière pour le 24 juin. Notamment une grande initiative qui est devenue importante avec justement la participation de plusieurs millions de russes, et qu'on appelle « le Régiment immortel ». C’est-à-dire que les gens qui participent à cette grande marche, portent les photos de leurs grands-pères, grands-mères, de leurs proches ou même des personnes qui ne sont pas de leurs familles. Ils portent même les photos des anciens combattants qui ont combattu dans la Grande Guerre Patriotique au cours de laquelle plusieurs sont morts. Certains sont rentrés de la guerre mais sont décédés après. C’est une cérémonie très émotionnelle qui assure les liaisons entre les générations actuelles et celles passées. Nous aurons une célébration ici notamment avec nos compatriotes. Le 8 mai, nous organisons une sorte de soirée entre les diplomates de l’Ambassade et notre communauté ici en Côte d’Ivoire. Le 9 mai on aura quelques activités pour notre propre équipe au sein de notre Ambassade avec un rassemblement à midi en regardant justement le défilé préenregistré. Et bien sûr, en écoutant le discours du Président Poutine, en respectant la minute de silence et en partageant aussi un repas en mémoire de ceux qui sont morts au front. Ça c’est le programme que nous prévoyons ici en Côte d’Ivoire. Là-bas dans mon pays, il y aura le défilé, il y aura bien sûr une rencontre entre le président Poutine et les anciens combattants ainsi que les militaires qui vont prendre part au défilé. Je reviens sur la date du 9 mai pour qu’on comprenne bien pourquoi il y a toujours ce décalage entre nous et nos alliés en Europe, en Occident. L’Acte de capitulation a été signé à Berlin le 8 mai. C’est vrai que historiquement, c’était le 8 mai à 23h35. Mais compte tenu du décalage horaire avec Moscou, 23h35 c’était à l’époque déjà presque 2 heures du matin donc c’était le 9 mai. Pour nous, et parce que c’est Moscou la capitale de la Russie, de l’ex grande Union Soviétique, et que l’annonce a été faite le 9 mai, nous nous accordons donc sur cette date.

L'actualité en Russie, c'est aussi l'affaire Navalny. Qu'est ce que vous en dites ?

Je serai très prudent en faisant mes commentaires et je veux m'en tenir aux positions officielles. Il faut dire que malheureusement cette affaire est devenue un des points clés de l'agenda international. On a d’autres sujets importants notamment le changement climatique, mais cette affaire entrave beaucoup nos relations avec nos partenaires en Occident. Ce qui est aussi grave est que ça crée aussi beaucoup de problèmes qui entravent les activités de plusieurs organisations internationales qui sont très importantes pour la sécurité internationale. Je vous donne l'exemple de l’Organisation internationale sur l’interdiction des armes chimiques. Malheureusement cette affaire a entravé beaucoup le fonctionnement de cette organisation. Elle, qui par son caractère juridique, était apolitique, est devenue très politisée. C’est aussi grave parce qu’avec cette histoire, nous constatons que les relations de partenariat et de coopération avec nos partenaires de l’Occident comme l’Allemagne, la France et d’autres pays de l’Europe Occidentale sont maintenant détériorés, justement parce que cette histoire a parfois été utilisée comme prétexte afin de bien détériorer le climat de nos relations. En essayant de faire plier les dirigeants russes, notamment le Président Vladimir Poutine pour ses actions sur l’échiquier international. D’une manière ou d’une autre cette affaire est aussi utilisée dans les intérêts géopolitiques, géostratégiques, mais il faut dire que ça reste quand même une affaire interne à la politique russe. Même si on peut dire que c’est un opposant qui critique ouvertement le Président, mais il s’agit toujours de problèmes politiques entre les russes. Utiliser cette histoire pour nous accuser de ceci ou de cela afin d’envenimer le climat de la sécurité internationale et, plus grave, de procéder à des sanctions pour punir la Russie. C’est contre-productif de nous dicter, de nous forcer la main.

Cette affaire Navalny est aussi perçue comme une violation des droits de l’homme. Comment appréciez-vous ce commentaire ?

Les droits de l’Homme, c’est une notion très importante. Vous savez que nous en tant que pays, nous jouons un rôle important dans les organisations internationales notamment dans le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Et nous pouvons aussi accuser d’autres pays de violation des droits de l’Homme parce qu’ils jouent les donneurs de leçons, alors qu'on peut trouver chez eux beaucoup de violations des droits de l’Homme. On peut aussi leur dire que ce que vous faites n’est pas totalement correct en termes de respect des droits humains. C’est un sujet très sensible. Si on parle des organisations internationales, au niveau des experts, si on est dans une ambiance calme sans s’accuser mutuellement, on peut voir quelles peuvent-être les solutions. Il faut chercher les solutions. Je ne dis pas que nous n’avons pas de problèmes avec les droits de l’Homme. Dans tous les pays du monde, il y en a, mais on regarde plutôt au degré de violation. Il ne faut pas, bien sûr, tolérer les exactions, les grandes représailles, les campagnes de masse pour les exterminations. Cela est intolérable. Mais pour le cas de mon pays, il s’agit plutôt de certaines personnes dont les droits, comme on le dit ne sont pas respectés, mais c’est un peu différent. Je pense que c’est une remarque préméditée et exagérée d’accuser mon pays de violation des droits de l’homme.

On a appris récemment la possibilité pour le président Poutine de faire deux autres mandats suite à des modifications dans la Constitution. Qu’est-ce que vous en dites, et quelle est la ligne de défense de la Russie ?

Quelle défense ? D’abord, il y a eu des modifications apportées à la Constitution. Il y en avait d’autres aussi très importantes concernant justement l’engagement de l’Etat à bien assurer la vie de ses citoyens. Mais cette histoire dont vous parlez des deux mandats, c’est théoriquement que cela a été mis dans la Constitution. C’est le changement qui donne droit au chef de l’Etat en exercice, donc le Président Vladimir Poutine, de faire encore deux autres mandats. Ce que je peux vous dire, c'est que c’était un vote qui a donné des résultats clairs qui sont que la grande majorité de la population a approuvé ces modifications. Pour nous autres, ça ne crée pas quelque chose de grave dans la vie politique.  Il y a certaines personnalités de l’opposition qui ne sont pas d’accord, mais la grande majorité des populations n’ont pas d’opposition. C’est une question un peu artificielle je crois, dans le contexte actuel. Parce que je vous dis bien, ce qui est important, c'est que le Président Poutine jouit d’une popularité dans un pays important et dans l’électorat. Malgré les problèmes économiques, politiques et géopolitiques qu’on traverse, il jouit toujours de cette popularité dans le pays parce qu’il est un dirigeant respecté, pas seulement dans notre pays, mais aussi sur l’échiquier international. S’il peut être réélu, cela est une affaire qui concerne uniquement notre politique intérieure. Je ne vais pas vous donner des exemples dans le monde où dans plusieurs pays de votre continent sur le nombre de mandats, mais je dis que c’est toujours une affaire purement interne au pays concerné, et ça c’est notre position.

Il y a cette autre affaire d’expulsion des diplomates qui défraie la chronique...

Il faut dire que jamais dans notre histoire démocratique, nous avons été les premiers à prendre les mesures d’expulsions et du départ en masse des diplomates des pays avec lesquels nous avons des relations diplomatiques. C’est toujours de l’autre côté qu’on décide d’agir en premier. Récemment, vous avez suivi ce qui s’est passé. Cela a commencé avec cette histoire de la vie politique en République Tchèque. Ils ont décidé, notamment la coalition qui est majoritaire et qui contrôle le gouvernement, que c’est la faute aux russes concernant cette histoire qui a eu lieu il y a 7 ans avec l’explosion d’un entrepôt privé dans lequel était stocké des armes, des munitions. C’est quand même bizarre qu’une société privée puisse avoir de grands entrepôts d’armes. C’est déjà assez bizarre pour des questions de sécurité des populations. On dit non que c’était finalement des agents russes qui étaient coupables, sans donner de preuves tangibles. Sur la base de ces spéculations, les autorités tchèques ont décidé comme ça d’expulser plus de la moitié du personnel diplomatique de notre ambassade. 18 diplomates ont été déclarés personna non gratta. Je précise bien que c’est sur la base de spéculations sur l’éventuelle implication de soit disant agents russes pour cette histoire d’explosion d’un entrepôt qui a eu lieu il y a 7 ans déjà. Tout cela a été inventé avec comme résultat final, l’expulsion de 18 diplomates. On ne pouvait pas accepter cette humiliation diplomatique. C’est pourquoi la décision est venue vite de notre côté de déclarer 20 diplomates tchèques persona non grata. Cela a créé bien sûr beaucoup de problèmes à nos collègues tchèques parce qu’il ne restait après que 7 diplomates au sein de leur ambassade. On a aussi décidé de ne plus autoriser l’embauche de personnel local notamment le personnel administratif. Et c’était, si vous le voulez, le début de cette guerre diplomatique. Et ce qui est très bizarre et qui montre que ce n’est plus la guerre froide car à l’époque il y avait certaines règles en vigueur. Des pays, en premier lieu la Pologne, en signe de solidarité à la République Tchèque a dit qu’elle allait aussi expulser. On a commencé alors l’expulsion des diplomates russes de Pologne, de la Slovaquie, de la Suède. Ce que j’essaie de vous dire, c’est que ce n’est pas nous qui avons commencé cette guerre diplomatique et ce n’est quand même pas bien de dire que c’est de notre faute. Avec les récentes expulsions des diplomates russes décidées par les Etats-Unis, on dit que nous sommes encore coupables d’ingérence dans les élections, sans toujours donner de preuves. De notre côté, les autorités sont en train de préparer la liste des pays qui ne sont plus nos amis. Dans les relations diplomatiques, nous sommes tous des amis, c’est pourquoi on ouvre les ambassades et les diplomates sont bien accueillis et il y a cette ambiance conviviale dans laquelle chacun essaie de bien développer des relations bilatérales. Maintenant, nous constatons que certains pays ne souhaitent pas développer des relations bilatérales avec nous et qui font tout pour empêcher les relations. On ne peut donc pas considérer ces pays comme des pays amis. Ce ne sont pas des pays adversaires ni des pays ennemis, non. Mais ils ne sont plus nos amis. Et malheureusement, les Etats-Unis vont faire partie de ces pays qui ne sont plus considérés comme pays amis. Pourtant, on avait beaucoup de dossiers en commun, on devait travailler sur l’agenda international, l’agenda bilatéral, la sécurité et la stabilité stratégique. Malheureusement, nous sommes obligés de répondre. Ce que nous faisons actuellement est une réaction.

Comment appréciez-vous le rôle de votre pays aujourd'hui dans le monde, notamment sur le plan politique, diplomatique ?

La Russie actuelle joue un rôle très important avec les autres partenaires, les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU en premier lieu. Parce que sans la Russie, c’est pratiquement impossible d’aborder le sujet de l’agenda international, de chercher des solutions. A titre d’exemple, je peux vous parler de la Syrie. C’est grâce à notre présence, on ne dit pas notre intervention parce que nous sommes invités par le gouvernement légitime pour lui prêter main forte. La Russie joue un rôle, nous sommes un acteur incontournable et nous sommes un acteur qui a son mot à dire. On ne peut nous ignorer, on ne peut pas ne pas prendre en considération la position de la Russie. Donc, nous sommes un pays respecté partout où nous sommes, notamment dans les pays qu’on appelait à l’époque les pays en développement, je veux parler de l’Afrique, de l’Amérique Latine, de l’Asie et même en Europe. On peut donc considérer la Russie comme un pays, un acteur incontournable qui a son mot à dire et qui, dans le même temps, sait défendre ses intérêts. Et c’est quelque chose qui n’est pas accepté par certains qui pensaient toujours que la Russie était très affaiblie comme au début des années 1990 après l’effondrement de l’Union Soviétique. On était vraiment très affaibli politiquement, économiquement. Mais aujourd’hui, on a repris nos forces, on s’est relevé et certains ne veulent pas l'accepter.

L’Afrique est perçue comme le continent de l’avenir, donc très convoitée par les grandes puissances, mais la Russie semble très peu présente en Afrique, qu’est-ce qui explique cela ?

Je pense que votre vision est erronée. Peut-être en ce qui concerne votre pays. Sinon regardons dans le sens plus général sur le Continent tout entier, le constat est différent. D’abord, il ne faut pas ignorer ce qui a été fait à l’époque soviétique, le grand héritage de l’ex-union soviétique. Nous avons joué un rôle très important pour aider nos frères et sœurs africains dans leur lutte de libération du joug colonial. Il y a même des pays autour de vous qui sont très reconnaissants de ce qui a été fait par l’Union Soviétique. A la disparition de l’Union Soviétique, quand la Russie n’était pas en mesure d'agir, c’était une tristesse profonde que nous avons vécu au moment de la transition vers l’économie de marché, de nouvelles institutions démocratiques. En ce moment, on n’était pas encore bien visible, mais aujourd'hui, nous sommes de retour sur le Continent dans plusieurs pays et sur plusieurs domaines. Il y a eu le premier sommet Russie-Afrique qui a bien tracé les nouvelles voies pour renforcer cette coopération avec le Continent Africain. Nous renforçons également notre présence du point de vue économique, notamment dans certains pays qui sont à côté de vous, et qui de par leur dimension économique, n’ont peut-être pas le même poids économique que la Côte d’Ivoire. Je peux prendre le cas de la Guinée Conakry, où nous sommes historiquement présents dans des domaines comme la production de bauxite et l’extraction des minéraux et du fer. Il y a aussi le Burkina Faso qui est justement à côté. Je vais vous donner un chiffre et je ne pense pas que les gens en soient informés. Nous y avons des entreprises à capitaux russes, notamment une société qui s’appelle Nord Gold. C’est cette société qui explore actuellement 3 mines d’or. Cette société appartient à un homme d’affaire russe qui s’appelle Alexey Mordachov, et qui s’occupe de la production de l’acier. Le volume d’investissement de Nord Gold au Burkina dépasse 1,2 milliard, non pas de f cfa mais de dollars US. C’est pour vous dire que la Russie est bel et bien présente en Afrique. Dès que la Russie commence à faire quelque chose dans les pays qui historiquement étaient sous je ne dirais pas domination mais des pays qui étaient plutôt du point de vue parfois culturel, linguistique, économique et politique sous l’œil attentif de certaines puissances occidentales. Le problème, c'est que dès que la Russie commence à faire quelque chose, comme par exemple en République centrafricaine, on nous accuse d’ingérence, de ceci ou de cela. C’est la même chose concernant les projets économiques. On nous accuse d'être venus prendre le contrôle des gisements pour faire ceci ou cela. Après on nous dit que les russes ne sont pas très actifs. Il y a que parfois nous ne sommes pas les bienvenus. La Russie est un partenaire solide, un partenaire loyal et prévisible pour nouer des relations de longue haleine avec nos partenaires africains. Nous comptons beaucoup sur cette coopération, ce partenariat avec les sociétés russes. Il y a eu la création récemment de l’association économique avec l’Afrique et nous travaillons beaucoup sur les préparatifs de la 2e édition du sommet Russie-Afrique qui est prévu cette fois-ci sur le Continent Africain, l’année prochaine. Nous travaillons déjà avec nos partenaires. Même ici en Côte d’Ivoire, j’ai déjà des discussions sur ce sujet avec les autorités pour voir quelles pourraient être les valeurs ajoutées, les contributions qu’on pourrait avoir pour renforcer cette coopération gagnant-gagnant. Je peux vous dire que nous espérons beaucoup que cette situation, qui n’est pas tellement favorable pour nous concernant notre présence sur votre sol, va changer justement avec une activité plus grandissante dans votre pays. Et peut-être après la deuxième édition de ce sommet Russie-Afrique, on aura plus de sociétés russes qui viendront explorer le marché ivoirien et pas seulement sur le plan économique. J’espère avoir plus de résultats concrets dans les autres domaines politiques, culturels, militaires et sécuritaires.

Réalisé par Hamadou ZIAO