Présidentielle sénégalaise

Wade entre le marteau d'un deuxième tour et l'enclume d'un passage en force

Afrique & Monde
Publié le Source : L'inter
wade-entre-le-marteau-dun-deuxieme-tour-et-lenclume-dun-passage-en-force Le Président sénégalais Abdoulaye Wade

Plus de peur que de mal, la présidentielle sénégalaise du 26 février 2012 s'est déroulée sans accroc, du moins pour le premier tour. Mais y aura t-il un deuxième ? Pendant que se poursuit le comptage des bulletins, l'opposition affirme que le président Abdoulaye Wade n'échappera pas à un second tour.

S'il advient que le chef de l'Etat sortant ne réussit pas son K.O. au premier round comme il l'a promis à ses opposants, c'est plutôt lui qui risque d'être étalé par ses adversaires au deuxième tour. Mais ces derniers réussiront-ils leur union sacrée contre le « gorgui », (vieux en ouolof) ? Les prochaines heures seront déterminantes pour la démocratie sénégalaise jusque-là citée en exemple sur le continent. Pourtant la période préélectorale a été émaillée de nombreux incidents qui ont failli remettre en cause cette tradition démocratique reconnue au pays de la Terranga.

Les premiers résultats donnés aussi bien par les médias officiels que privés, sous réserve de la confirmation de la Commission électorale nationale autonome, (CENA) indiquent une nette avance des candidats Wade et Macky Sall. L'un des responsables de la campagne de ce dernier, Jean- Paul Dias, a même avancé des chiffres, « 34 à 36% pour le président sortant et 32 à 34% pour son candidat. Réaction du camp Wade : « on est en train de collecter les résultats et rien ne permet de dire qu'il y aura un deuxième tour », a souligné El Hadj Amadou Sall, responsable de la campagne du président sortant qui a précisé que les derniers résultats en sa possession ne portaient que sur 8% à 9% des votes.

En fin d'après-midi, le chef de l'Etat est lui- même monté au créneau. Dans une déclaration officielle depuis le palais, il n'a pas exclu la possibilité d'un second tour. Il a annoncé que les résultats provisoires le créditent de 32, 17% contre 25, 24% pour Macky Sall son poursuivant direct. Si vraiment les deux candidats qui se détachent du « peloton » doivent aller au second tour, beaucoup de choses risquent de se passer. En effet, nul ne peut parier avec certitude sur l'homogénéité de cette union sacrée tant prônée par l'opposition contre le président Abdoulaye Wade. A l'approche du scrutin, des fissures sont apparues au sein de la coalition anti Wade qui n'est pas parvenue à choisir un candidat unique, tout comme elle n'a pas joué collectif pour demander le report du vote.

Pour le second tour qui se dessine, ils jurent tous, la main sur le cœur, de s'aligner derrière celui qui sera le mieux placé à l'issue du premier tour. Qu'a cela ne tienne, mais Abdoulaye Wade qui n'a pas encore dit son dernier mot, pourrait être tenté par un passage en force, à moins que le coude à coude entre lui et Sall est tel qu'un hold up serait quasiment impossible. Au cas où il accepterait malgré lui d'affronter cette périlleuse épreuve, il pourrait encore faire montre de sa légendaire capacité de retourner en sa faveur, les situations les plus difficiles. Macky Sall, Idrissa Seck, Cheick Tidiane Gadio qui font partie des leaders de l'opposition significative, ont fait leurs armes à ses côtés. Mais quel appât pourrait cette fois-ci leur tendre le vieux président pour attirer ses anciens poulains ? Les jours à venir nous le diront. Cependant, il faudrait aussi compter avec le peuple qui reste souverain. En effet, l'époque où les militants servaient de « bétail électoral », en suivant leurs leaders politiques dans leur perpétuelle transhumance, semble bien révolue.

Charles d’Almeida
Voir ses articles