Agrobusiness, Probo Koala, banques volantes, Comium, Cora... Ces affaires de gros sous restées sans suite

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agrobusiness-probo-koala-banques-volantes-comium-cora-ces-affaires-de-gros-sous-restees-sans-suite Même les victimes du Probo Koala attendent toujours d'être indemnisées.
Economie

Ce sont toutes des affaires de gros sous qui ont ébranlé la Côte d'Ivoire. Mais, dont les principales victimes sont les ''pauvres populations''. Ces affaires ont pour noms, entre autres, Agrobusiness, Maisons de placement d'argent qualifiées de ''banques volantes'', Comium, Cora de Comstar, Probo Koala. Retour sur des business dont les termes ont laissé un goût amer aux souscripteurs.

L'affaire la plus récente remonte à 2017, lorsque le gouvernement décide de mettre fin aux activités des sociétés dite d'agrobusiness qui opéraient pourtant timidement dans le pays entre 2008 et 2009 avec monhevea.com et Respiidia world group, avant d'atteindre leur vitesse de croisière en 2016 avec 26 autres entreprises.

Le business consistait pour les souscripteurs à investir leur épargne dans des exploitations agricoles ou des produits maraîchers et percevait en retour, sur une période donnée, ce que les acteurs du secteur ont appelé Retour sur investissement (Rsi), entre 100 et 300 % du capital investi.

Tout fonctionnait très bien jusqu'à ce que le gouvernement s’aperçoive que les bénéfices étaient énormes pour les souscripteurs. C'est alors que les autorités ivoiriennes se sentant interpellées, diligentent une enquête dont les conclusions font savoir qu'il ne s'agirait ni plus ni moins que d'un système dit de « cavalerie » où la société rembourse les prêts des premiers souscripteurs avec l'argent des suivants. Le gouvernement décide sur la base des résultats de l'enquête qu'une telle activité ne peut continuer de prospérer dans le pays, estimant que c'est de « l'escroquerie », et prend de fait l'engagement de protéger les populations contre ce type d'arnaque. La solution des autorités étatiques consiste alors au gel des comptes des sociétés concernées en vue de procéder elles-mêmes au remboursement des souscripteurs. Cette procédure est perçue par les promoteurs ainsi que les associations de souscripteurs, comme une erreur de la part de l'Etat qui, en décidant de geler les comptes des structures d'agrobusiness, ''outrepassait ses droits et surtout bloquait ainsi une mécanique dont, jusqu'ici, aucun souscripteur n’avait eu à se plaindre''.

La force publique s'étant saisi de l'affaire, les populations n'avaient d'autres choix que de se résoudre à suivre le processus qui venait d'être enclenché. Au total, le ministère de l’Économie et des Finances qui pilotait l'opération a recensé 54 181 souscripteurs (à la date du 28 février 2018) à qui il devrait verser un peu plus de 100,5 milliards de fcfa, au titre du capital investi, sans les Rsi.

Malheureusement, les fonds levés dans les différents comptes des sociétés n'ont pu permettre d'atteindre ce montant attendu pour rembourser les investissements consentis. En fin de compte, sur la centaine de milliards fcfa, ce sont 11,04 milliards qui ont été redistribués. Certains souscripteurs, qui ont investi des centaines de mille, s'en sont sortis parfois avec des sommes inférieures à 10 000 fcfa. Cela, parce que les taux de remboursement ont été déterminés au prorata des fonds disponibles sur les comptes bancaires de chaque entreprise incriminée.

Les ex-employés de Comium livrés à eux-mêmes

Le 1er avril 2016, la société Comium s'est vue retirer la licence télécoms par l’État de Côte d'Ivoire à travers ses démembrements en charge de la gestion des activités du secteur des télécommunications. L'opérateur mobile qui exploitation le réseaux Koz a été contraint de fermer, avec à la charge, 314 désormais ex-employés à qui l'entreprise devrait verser des droits. Bientôt, cela va faire quatre ans que les ex-agents de cette société attendent d'être dédommagés. Et cela, en dépit des décisions de justice en faveur du liquidateur et au profit des employés donnant le droit de vendre le bâtiment abritant le siège de l’entreprise pour s’acquitter des droits et dommages des employés.

A ce jour, la vente du siège prévue pour payer les droits reste bloquée malgré toutes les décisions de justice. Aussi, l’ordonnance d’autorisation de la vente n’est pas encore signée pour des raisons de procédures, selon la version officielle. Certaines sources proches du dossier, quant à elles, laissent entendre que l'exécution de ces décisions rencontre des blocages parce que la juridiction en charge de l’affaire subordonne la signature de l'ordonnance relative à la mise en vente du siège au changement de dénomination sur le titre foncier.

En attendant, les ex-employés sont livrés à eux-mêmes dans une affaire dans laquelle la responsabilité de l’État de Côte d'Ivoire est fortement engagée.

L'affaire Cora de Comstar, encore vivace dans les esprits

Ici également, les perdants restent les ''pauvres populations'' qui, au regard de l'état d'évolution du dossier, n'ont personne pour les défendre quand bien même il s'agit d'affaire dont l’élément déclencheur a un rapport, d'une manière ou d'une autre, avec l'entité étatique. Cette société de téléphonie mobile fermée depuis le 9 octobre 2003, suite à une suspension du réseau par les actionnaires américains, n'a pu intéresser son personnel jusqu'à ce jour. Or, ce personnel ne réclamait que 9 milliards fcfa environ. En 2015, lors d'un sit-in à Abidjan violemment dispersé par la police, le porte-parole du collectif des ex-agents de Cora de Comstar, Daouda Coulibaly, informait que ses camarades et lui ne demandent que «le protocole d’accord» signé en mai 2007 entre les Etats Unis d'Amérique et la Côte d’Ivoire à l’ambassade ivoirienne à Washington, qui est «le seul document» qui manque au dossier pour qu'enfin, l’État ivoirien puisse payer leurs droits. Mais ce doucement reste toujours introuvable.

Les FDS réclament leurs 11,6 milliards fcfa à Sophia immobilier

Ce ne sont pas que les populations civiles qui se font gruger en Côte d'Ivoire. Même les hommes en arme sont concernés. C'est entre 2005 et 2006 que les militaires, gendarmes, policiers, ‘’eaux et forêts’’, douaniers et gardes pénitentiaires à la retraite et en fonction ainsi que des civils dont des enseignants et des travailleurs du privé, ont souscrit à l’opération d’acquisition de terrains nus à Ebimpé (à l'Est d’Abidjan). Le projet était conduit à l’époque par Azuréenne de promotion de Djédjé Louis Durand et Sophia immobilier de Touré Hamed Boua. L'opération n'ayant pas atteint son terme, les souscripteurs réclament depuis quelques années, leurs investissements. Mais, l’attitude des concernés et même de l’État porte à croire que l'opération n'a jamais existé. En fait, c'est le silence total sur cette affaire dans laquelle se sont engagés 10 560 corps habillés, avec un capital investi qui s’élève à 11,6 milliards de fcfa.

Et les souscripteurs des maisons de placement ?

L'affaire a fait grand bruit sous le régime Gbagbo. Alors que le pays tentait de se remettre du coup d’État de septembre 2002, un business qui rappelle étrangement l'affaire de l'agrobusiness (plus récente), a fait son apparition en Côte d'Ivoire : les maisons de placement d'argent. Abg inter, Jesa, Plan-net inter connexion, Zkm, etc., étaient les premiers noms de ce qui sera qualifié plus tard de ''banques volantes'' par le gouvernement de l'époque. Dès 2004-2005, il y a eu une prolifération de ces établissements pour atteindre la soixantaine. Plus de 2 millions d'Ivoiriens auront souscrit à un business qui deviendra un véritable cauchemar. A l'instar des sociétés d'agrobusiness, les premières maisons de placement d'argent fonctionnaient ''normalement'' les premières années. Et ce, au vu et au su des entités étatiques jusqu'à ce que ce fameux 10 avril 2006, le gouvernement produise un communiqué qualifiant ces organismes de ‘’banques volantes’’ avant d'appeler les Ivoiriens à s’en méfier.

Au final, aucun promoteur n'a fait l'objet de poursuite judiciaire. Les économies des Ivoiriens se sont une fois de plus évaporées. Toutes les tentatives des souscripteurs pour amener le pouvoir d'alors à se saisir du dossier à l'effet de procéder au remboursement de leurs investissements se sont soldées par des échecs.

Les sommes d'argent placées par les deux millions de souscripteurs ont été estimées à plus de 10 milliards de fcfa. Là, il s'agit d’opérations qui ont pu être retracées. Mais des responsables d'associations de victimes des maisons de placement évoquaient le montant de 60 milliards fcfa qui auraient été investis dans Nat-Sarl, la plus grande boîte de placement d’argent, par ses 83 000 souscripteurs. De même que ‘’Ceve’’ qui aurait extorqué près de 6 milliards fcfa à 47 387 adhérents.

Sur cette affaire de placement d'argent, le président Alassane Ouattara avait promis aux souscripteurs, avant le second tour des élections présidentielles de 2010, au siège du Pdci-Rda à Cocody, qu'il se pencherait prioritairement sur la question après son élection. Mais là encore, les souscripteurs attendent toujours.

Probo Koala, un goût amer

Le Probo Koala qui s'est invité en Côte d'Ivoire dans la nuit du 18 au 19 août 2006, aura aussi laissé un goût amer aux populations ivoiriennes, après le déversement de plusieurs de litres de déchets toxiques. Si l’État ivoirien a comptabilisé 16 décès et 43 000 cas d’empoisonnement certains et 24 000 cas probables, les associations de défense des victimes elles, en ont fait un décompte de plus de 100 000 personnes victimes.

Dans les épisodes judiciaires qui s'en sont suivis, Trafigura, la société responsable du navire, a pu se soustraire de toute condamnation. L’État ivoirien a même passé un accord avec les responsables pour épargner l'entreprise d'un procès en échange de 100 milliards de fcfa pour indemniser les victimes. La Côte d’Ivoire était supposée utiliser l’argent pour construire un centre hospitalier et une partie devait revenir aux victimes, mais, en réalité, très peu ont été indemnisées. On parle d'environ 15 milliards de fcfa qui aurait été dépensés à cet effet.

Le drame

Le point commun dans toutes ces affaires de gros sous restées sans suite, c'est que non seulement les responsables, auteurs, co-auteurs, pourtant bien connus, n'ont été nullement inquiétés. Et même quand ils le sont, c'est juste quelques mois de prison et par la suite, ils disparaissent dans la nature. Et leurs victimes n'ont pas droit à la réparation. En plus, lorsque ces populations victimes décident de porter leurs peines à la face des autorités nationales, c'est bien souvent qu'elles sont réprimées, pourchassées, pulvérisées à l'aide de gaz lacrymogènes. Comme pour dire que leur cris du cœur, l’État n'en a rien à cirer puisqu'en fin de compte, comme on le dit dans les rues d'Abidjan «Je ne t'ai pas envoyé quelque part».

Élysée LATH