Côte d’Ivoire / Covid-19 : 131 000 emplois seront perdus à fin décembre 2020, selon les projections de l’INS ; les attentes des ménages


14/06/2020
Côte d’Ivoire / Covid-19 : 131 000 emplois seront perdus à fin décembre 2020, selon les projections de l’INS ; les attentes des ménages
La moitié des chefs d’entreprises souhaite l’annulation du paiement des taxes et impôts pendant la période de la crise de Covid-19.

Consécutivement au patronat ivoirien, l’Institut national de statistiques (INS), a présenté jeudi 11 juin 2020, les résultats de son évaluation de l’impact de la Covid-19 sur l’activité des entreprises du secteur moderne formel, des unités de production informelles et sur les conditions de vie des ménages.

Le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, par le biais de l’Institut national de statistiques (INS), a initié en mars 2020 des études en vue de mesurer l’impact de la crise sanitaire mondiale de la Covid-19 sur l’économie nationale. Sollicité également par le Pnud, l’INS a réalisé du 10 au 17 avril 2020 une étude complémentaire par appel téléphonique à partir de bases de données existantes de l’impact de la Covid-19 sur l’activité des entreprises du secteur moderne formel et les unités de production du secteur informel ainsi que sur les conditions de vie des ménages. L’enquête a été réalisée auprès de 806 chefs de ménages, 468 chefs d’unités informelles et 304 entreprises formelles.

Impact sur les ménages. Les conclusions de l’étude révèlent que les conditions de vie des ménages seront impactées à plusieurs niveaux. Il ressort que les postes de dépense ayant le plus augmenté sont l’alimentation (47%) et la communication (26%). Les ménages ont déclaré aux enquêteurs qu’ils ont subi une baisse de leur revenu (72%) dont principalement les chefs de ménages exerçant dans le privé (93%) et particulièrement dans le secteur informel. La baisse de revenu des ménages est estimée à 43% comparativement à 2018. Une baisse croissante avec le niveau de revenu. Les ménages riches subissent une baisse de consommation plus importante que les ménages pauvres du fait de la crise de la Covid-19. Au vu de cela, l’INS prévoit une hausse de la pauvreté de 4 points de pourcentage si la crise dure un trimestre ; 10 points de pourcentage si la crise dure deux trimestres et 21 points de pourcentage si la crise dure une année.

Impact sur le secteur informel. La quasi-totalité (94%) des chefs d’unité de production informelle déclare être affectée par la crise sanitaire mondiale de la Covid-19. Une crise est perceptible à travers : la baisse de la fréquentation de la clientèle (50%) ; la baisse ou l’annulation des commandes (44%) ; la modification des horaires de travail en application du couvre-feu (20%) et l’obligation de fermeture imposée par les décisions gouvernementales (18%).

Comparativement au mois de février 2020 qui est le dernier mois avant l’application des mesures, le chiffre d’affaires des unités de production informelles a baissé de 79% tandis que le bénéfice baisse de 84%. Les rémunérations versées en mars 2020 sont de 62% inférieures à celles de février 2020. Une baisse justifiée en partie par les pertes d’emploi. Cette situation crée une forte pression sur la trésorerie des chefs d’unités de production informelles (64%).

Impact sur le secteur moderne formel. Ce secteur enregistre une baisse de l’activité économique annuelle de 26,2% par rapport à 2019 ; la destruction temporaire d’environ 23 000 emplois au cours du mois d’avril et une projection de 131 000 pertes d’emplois à fin décembre 2020, si la crise prolongeait. Les PME sont beaucoup plus affectées par les effets pervers de la pandémie que les grandes entreprises du secteur moderne. La mesure du Gouvernement qui impacte le plus la performance des entreprises est l’isolement du grand Abidjan.

Le chiffre d'affaires, la production, l’investissement et l'emploi sont revues à la baisse dans l’ensemble pour tout le secteur formel. Le transport et entreposage anticipe la plus forte baisse de chiffre d’affaires (-73,7%) ; le secteur de l’Agroalimentaire prévoit la plus forte baisse (-53,7%) ; le secteur « autres tertiaires » envisage la plus grande baisse (-94,7%).

Les entreprises du secteur du transport et de l’entreposage prévoient la plus forte contraction du nombre d’employés (-53,5%) alors que celles « Autres secondaires » affichent une hausse de 5,7%.

La baisse de l’activité économique annuelle sera de 26,2% par rapport à une année normale.

La quasi-totalité des entreprises de la construction sont impactées négativement par cette mesure à tous les niveaux. (Plus de 90% de réponses favorables) ; plus de 77% pour les entreprises de l’agroalimentaire ; plus de 75% pour les entreprises commerciales ; plus de 50% pour le secteur autres secondaires.

Période projetée de reprise de l’activité. La reprise de l’activité est interprétée comme la capacité à retrouver au moins 80% des commandes au cours de la période un an plus tôt. L’enquête révèle que 24,4% des entreprises du secteur formel devraient reprendre leurs activités à partir de début septembre 2020, tandis que 21,9% des entreprises s'attendent à ce que cette reprise se produise avant début septembre 2020. Toutefois, nombreux sont les chefs d’entreprise qui estiment ne pas avoir de visibilité (34,9%). La plupart des entreprises du transport et de l’entreposage (39,75%) anticipent une reprise plus rapide notamment en début mai 2020 ; ensuite agroalimentaire début Juin (43,17%).

Attentes des entreprises et des ménages. La moitié des chefs d’entreprises souhaite l’annulation du paiement des taxes et impôts pendant la période de la crise de Covid-19. Les entreprises du secteur moderne formel demandent de rendre rapidement opérationnel les mesures de soutien aux entreprises ; d’annuler la fiscalité et la parafiscalité des entreprises sur toute la période de la crise ; d’approvisionner sans délai la Régie d’avance du remboursement des crédits de TVA (Taxe sur la valeur ajoutée) ; de mettre en place une politique d’économie d’impôt pour le soutien des banques ; mettre en place un dispositif de distribution gratuite des masques et gels aux entreprises ; réduire les tarifs d’importation des biens et services pendant la période post-crise ; rendre opérationnel le Fonds de soutien au secteur informel ; rendre opérationnel la mesure de soutien au secteur vivrier, maraicher et fruitier et mettre en place une cellule de relance des activités du secteur informel chargée d’identifier et de soutenir les opérateurs du secteur informel en difficulté.

Les chefs de ménage sollicitent, quant à eux, des transferts monétaires (33%), des dons de vivres (29%) et une distribution gratuite de kits de protection (22%).

Irène BATH

Irene Bath

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  • SOURCE: Linfodrome

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