A la découverte

Interview: Peintre et handicapé des deux bras ,Traoré Adama (Artiste)

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Publié le Source : Linfodrome
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Traoré Adama, artiste-peintre, est un handicapé. Privé de ses deux bras depuis sa naissance, il vend ses tableaux, à l'entrée de Sococé II Plateaux. Nous sommes allé à sa découverte pour savoir comment il s'y prend dans l'exercice de son art et les difficultés qu'il traverse.

Depuis quand faites-vous la peinture?

Traoré Adama: J'ai commencé la peinture depuis 1999 dans la commune d'Abobo où j'habite encore. C'est grâce à l'aide d'une dame blanche, feu Mario...(Il s'interrompt soudainement et soupire). Elle a été pour beaucoup dans ma formation dans un centre pour handicapés. C'est dans ce centre que j'ai pu mettre en pratique ce don divin.

Bénéficiez-vous du soutien des gens ou de vos parents dans la réalisation de vos tableaux ?

T.A :Je bénéficie seulement du soutien moral de mes parents. A part cela, je n'ai aucun autre soutien. Je ne me sens pas beaucoup soutenu. D'ailleurs, mes tableaux se vendent difficilement. C'est-à-dire que je vends un tableau chaque deux semaines. C'est vraiment difficile car je n'arrive pas à joindre les deux bouts en dépit de mes efforts. Je pouvais aussi mendier comme le font la plupart des handicapés mais j'ai décidé de me battre malgré mon infirmité pour me faire une place au soleil.

Mendier vous a-t-il déjà effleuré l'esprit comme bon nombre d'handicapés?

T.A : Des fois, j'y ai pensé. Mais je finis toujours par me convaincre que ce n'est pas la meilleure voie. Qui mieux que vous sait que la mendicité ne nourrit pas son homme? Vu mon état, j'ai pensé qu'avec ce que je fais les gens me seront compatissants. Jusqu'à présent, ils ne sont pas nombreux à se manifester. Souvent, je me demande si c'est parce que j'ai décidé d'ignorer mon handicap et lutter comme tout bon citoyen pour gagner ma vie, que je vis toutes ces difficultés.

Quelles sont vos difficultés?

T.A : Ce sont des difficultés financières. Imaginez-vous que je dois m'acquitter d'un montant de 2500 Fcfa au quotidien pour mes frais de transport. A cela, s'ajoute le matériel de travail qui coûte également cher pour moi. Je suis obligé, par ce fait, d'utiliser les instruments de seconde qualité. Mon vœu le plus cher c'est d'avoir un magasin pour me permettre de poser mes tableaux et travailler dans de bonnes conditions. Parce que la pluie abîme mes tableaux.

Avez-vous un message à lancer aux autorités, Ong ou des structures à caractère social ?

T.A: Je voudrais profiter de votre journal pour interpeller toutes les structures à caractère social et humanitaire afin d'apporter leur secours aux handicapés qui souffrent beaucoup. La crise post-électorale a eu de nombreuses conséquences. Le pays compte aujourd'hui, beaucoup d’indigents. Je lance un appel aux autorités ivoiriennes de penser à nous en nous aidant à nous insérer dans le tissu social. Nous n'avons pas demandé à naître ainsi. Au Président Alassane Ouattara, je lui demande de m'aider à avoir un magasin, afin de continuer dans mon art et quitter ce lieu (Entrée de Sococé). Aux Ong, j'aimerais qu'elles jouent véritablement leur rôle de service social, car nous en avons besoin.

Séverin DJAHA (Stg)