Après le retour de Gbagbo à l’église catholique, Un prêtre se déchaîne contre le pouvoir et des pasteurs évangéliques

Politique
Publié le Source : Soir info
apres-le-retour-de-gbagbo-a-l-eglise-catholique-un-pretre-se-dechaine-contre-le-pouvoir-et-des-pasteurs-evangeliques Le pouvoir et des pasteurs en ont pris pour leurs grades …

Ce n’est pas une épître ordinaire au sens du christianisme. C’est plutôt un pamphlet incendiaire au ton virulent, qui ne manquera certainement pas de chauffer les «tripes» de certains partisans du pouvoir et de « nettoyer » la tête de « prophètes » et de pasteurs évangéliques, que le Père Basile Diane, prêtre catholique, Curé de la paroisse de Moossou, village natal de Simone Éhivet-Gbagbo, a rendu public, le jeudi 24 juin 2021, dans la presse ivoirienne. En tout cas, les pasteurs et le pouvoir en ont pris pour leurs grades, tant le prêtre s’est voulu acerbe. L’homme de Dieu, journaliste et écrivain, auteur du livre « Délivre les miens du mal », paru aux éditions Publibook à Paris en 2018, ne s’est pas lésiné dans les propos, à l’encontre du pouvoir qu’il a désigné à la réprobation, avant de clouer des pasteurs évangéliques au pilori, sans ménagement.

En toile de fond, le retour de Laurent Gbagbo, ancien chef de l’État, à l’église catholique, objet de sarcasme et d’ironies méchantes, depuis quelques jours. « Arrêtons, au nom du Seigneur, ces commentaires sur sa vie privée. Qui d’entre nous est sans péché ? Soyons modérés dans nos propos et arrêtons de juger qui que ce soit. L’homme est une histoire sacrée et respectons la dignité et la souffrance d’un homme marqué à vie par tant d’épreuves », lance d’abord le Père Basile Diane. Il assure que tous ces commentaires, chargés de railleries mais aussi de plaisanteries vulgaires et injurieuses, visent tout simplement à détourner le regard des Ivoiriens des pires réalités politiques et sociales qu’ils vivent au quotidien. « Il y en a qui ont intérêt à tirer sur les méandres de la vie privée du président Gbagbo, pour nous écarter des vraies réalités de la Côte d’Ivoire », assène-t-il, avant d’envoyer une claque au pouvoir d’Abidjan. « Aujourd’hui, la Constitution est biaisée et équivoque, cela ne dit rien à personne. Tant de nos enfants croupissent en prison sans jugement, d’autres meurent faute de présence du corps médical aux urgences, le budget de souveraineté budgétivore et opaque, un gouvernement inutilement pléthorique, des institutions vides de sens etc », peste ce « docteur des âmes ».
Il glisse une solution, pour le moins, radicale, tout en continuant de porter des coups. « La Côte d’Ivoire a besoin d’être restaurée dans sa dignité », souligne alors l’Abbé. Il « faut faire rentrer tous ses enfants qui sont en exil », allusion, certainement, à Charles Blé Goudé qui, après sa libération, frappe aux portes de son pays, sans encore de succès. Père Basile Diane estime que le chantier de la réconciliation des Ivoiriens est si énorme « qu’il est diabolique de s’attarder sur des problèmes de couple du président Laurent Gbagbo ». Pour eux, dit-il, « c’est ostentatoire, mais combien sont-ils ceux qui n’ont pas plus de deux femmes ou des femmes qui ont plus de deux hommes ? Combien sont-ils ou sont-elles les bisexuels ? Que tous ceux qui s’offusquent de la manifestation de l’amour de Dieu à travers l’Église mère qui accueille son enfant de retour de souffrances et d’exil, fassent eux-mêmes leur propre examen de conscience ».

Le rôle de Mgr Dacoury-Tabley


Toujours dans sa posture critique, le Curé de la paroisse de Moossou n’épargne pas les pasteurs, qu’il traite de « dangereux loups ». Pour lui, ce retour de Gbagbo dans l’église catholique doit « ouvrir les yeux sur tant de personnes qui se laissent égarer par des soi-disant pasteurs ou hommes de Dieu aux prédictions loufoques et à la manipulation éhontée ». Et Basile Diane d’enfoncer le clou : « on se rappelle cette clique de pasteurs autour du président Gbagbo, qui ont détalé au premier crépitement de fusil alors qu’ils étaient les premiers à l’endormir sur un concept farfelu d’éternel des armées. Ils ont endormi le président Gbagbo, le soumettant à des jours de jeûne et de mille autres privations d’austérité. Au moment de répondre présent, ils ont tourné casaque et se sont mis à la disposition des nouveaux maîtres d’Abidjan. Lorsque le président Gbagbo a été arrêté en ce 11 avril 2011, de triste mémoire, il sortait d’un temps d’épuisement causé par des bruits assourdissants des bombes, amis aussi et surtout d’un temps de jeûne drastique, au forceps imposé par une clique de soi-disant hommes de Dieu affabulateurs et manipulateurs, demandant à manger selon les premières confidences, une fois arrivés à l’hôtel du Golf. Le président a eu le temps de faire son examen de conscience et il a compris que sous des dehors enchanteurs, il y a dans le ministère à Dieu, de dangereux loups voraces. C’est tout à son honneur quand nous pensons encore à tous ceux qui sont encore sous l’emprise de gourous spirituels de tout acabit ».
Il mentionne le nom de Mgr Dacoury-Tabley, comme étant le prélat ivoirien à rendre visite à Laurent Gbagbo à La Haye et en Belgique, « lui apportant un soutien franc et pas biaisé ». D’où cette décision de Laurent Gbagbo de couper définitivement les ponts avec ces pasteurs. « Le président Gbagbo a vite compris l’arnaque dans le milieu spirituel et a préféré revenir vers son Église mère, qui ne l’avait jamais lâché. C’est de cela qu’il s’agit et rien d’autre. Tout autre commentaire relève de l’affabulation et de la communication politicienne pour distraire des vrais défis du moment, dans un pays malade de l’instrumentalisation de la Constitution et de ceux chargés de la défendre. Il y a mieux à faire maintenant dans ce pays, il y a tellement d’urgence, que se focaliser sur un épiphénomène, ne peut qu’être diabolique. Je le redis, ce pays est possédé et a besoin d’une grande délivrance », a soutenu le Père Basile.
On le voit, la pesanteur des propos du Père Basile Diane se mesure à l’aune de sa rage contre le pouvoir d’Abidjan et de pasteurs de Côte d’Ivoire. 

 

Armand B. DEPEYLA