Cancer du sein: Comment le détecter, les facteurs de risque et les symptômes

Publié le Modifié le
cancer-du-sein-comment-le-detecter-les-facteurs-de-risque-et-les-symptomes Le cancer du sein à un stade très avancé (Photo DR pour illustrer l'article)
Santé

Le cancer du sein, maladie de la cellule, est une tumeur maligne qui se développe au niveau du sein. Comment le détecter, le traiter, et quels sont les facteurs de risques et les symptômes ?

Mme Tra Lou Bernadette, vendeuse d’aubergine au marché d’Adjamé, s’est réveillée un matin avec une lourdeur au niveau de la poitrine. Quand la sensation de lourdeur s’est accentuée dans la journée, elle a décidé de masser cette partie de son corps. C’est en s’adonnant à ce massage qu’elle s’est rendue compte de la présence d’une boule dans son sein gauche.

Paniquée, pour avoir assisté à une séance de sensibilisation sur le cancer du sein, organisée par une Organisation non gouvernementale, elle informe sa fille. Celle-ci, institutrice de formation, conseille à sa mère de se rendre à l’hôpital général d’Abobo, pour une consultation, afin d’être située.

Le diagnostic délivré quelques jours plus tard par le gynécologue qui l’a auscultée est sans appel : la vendeuse d’aubergine est porteuse d’un cancer du sein. Comme Mme Tra Lou Bernadette, 40% de femmes sur 100.000, sont atteintes du cancer du sein en Côte d'Ivoire. Si pour certaines le diagnostic précoce de la maladie permet de les sauver d'une mort certaine ou de leur éviter des complications, ce n’est pas le cas pour d’autres.

Malheureusement, les dernières sont les plus nombreuses. Elles arrivent souvent à l’hôpital à un stade très avancé de la maladie. Dans ce schéma, il est difficile pour les cancérologues et les spécialistes, de les sauver. C’est pour tirer la sonnette d’alarme, que le Programme national de lutte contre le cancer (Pnlca) a décidé de faire d’octobre, le mois de lutte contre le cancer, comme cela est de tradition partout dans le monde.

Le vendredi 7 octobre 2016, ce programme du ministère de la Santé et de l’hygiène publique a étendu sa toile rose, la couleur symbole de la lutte contre le cancer du sein, sur le district d’Abidjan, à travers une formation des femmes des médias. Et ce, afin de les amener par leurs écrits, enquêtes dossiers…à aider à sensibiliser la gent féminine sur cette maladie qui demeure encore un tabou en Côte d'Ivoire. Au dire de Touré Moctar, maître de conférences agrégé de cancérologie, qui a éclairé la lanterne des femmes journalistes, le cancer du sein est la première cause de mortalité par cancer dans le monde.

En Côte d’Ivoire, le cancer du sein est le plus fréquent des cancers chez la femme. Maladie de la cellule, le cancer du sein est une tumeur maligne qui se développe au niveau de la glande mammaire. Autrement dit, c'est un cancer qui naît dans les unités cellulaires dont la fonction est de secréter le lait, les unités ducto-lobulaires du sein, essentiellement chez la femme.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (Oms), par an, plus de 700.000 femmes en décèdent à travers le monde. Cette organisation onusienne de la santé estime également que les femmes les plus atteintes par ce type de cancer, sont celles dont l'âge est compris entre 40-50 ans, et 60-70 ans. On distingue plusieurs types de cancers du sein. Mais le cancer non invasif qui se forme à l’intérieur des canaux de lactation du sein et le cancer invasif qui touche les tissus autour de ces canaux, sont les deux les plus fréquents chez la femme. Le dernier des cancers, a expliqué Touré Moctar, a plus de risques de s’étendre dans le sein et à d’autres organes, s’il n’est pas pris en charge rapidement.

Les facteurs de risque

Mais comment cette tumeur arrive-t-elle à envelopper autant de femmes avec son voile ténébreux chaque année ? A en croire le maître de conférences agrégé en cancérologie, plusieurs situations expliquent cela. La puberté précoce ; la ménopause tardive ; la première grossesse tardive ; l'obésité ; la sédentarité ; la prédisposition familiale chez des apparentés de premier et deuxième degré (mère-fille et sœur) ; le diabète de type II ; les pilules, sont des facteurs favorisants du cancer du sein.

Le cancérologue a insisté également sur d'autres facteurs de risques tels que l’âge, le mode de vie occidental, une alimentation riche en graisses animales, et faible en fibres. « Plus on avance en âge, plus le risque de contracter la maladie, est élevé. Deux tiers de ces cancers surviennent effectivement après 50 ans, même si de plus en plus, des femmes de 40 ans présentent des cas de cancer du sein. L'histoire familiale n’est pas à proscrire. Un cancer du sein d'une parente du premier degré, mère ou sœur, multiplie le risque par quinze. Les cancers héréditaires sont rares. Seulement 5 % des femmes souffrant d'un cancer du sein, sont porteuses d'une prédisposition génétique qu'elles transmettent à leurs filles. L'histoire personnelle est un autre cas de ces facteurs déclenchant. Le risque de survenue d'un second cancer du sein, est quatre à cinq fois plus élevé que la moyenne », a indiqué le maître de conférences agrégé en cancérologie.

Comme si cela ne suffisait pas, le cancer du sein ne tolère pas les femmes qui n'ont pas d'enfant. « Elles constituent des proies, et le cancer n'hésite pas à injecter son nectar cancéreux dans leurs glandes mammaires, pour en faire d'elles ses victimes», a expliqué Touré Moctar. A l'inverse, une vie active, l'allaitement maternel prolongé ou un régime équilibré, a-t-il dit, sont des facteurs limitant le risque de cancer du sein. C'est pourquoi, il a conseillé aux femmes de manger moins gras, moins sucré, de faire beaucoup d’exercices physiques, de consommer beaucoup de fruits ; d'éviter de manger de la viande rouge… En suivant ces principes, la femme a de fortes chances de ne pas être confrontée à une tumeur mammaire.« Tout module du sein chez une femme de plus de 30 ans, doit être considéré comme un cancer jusqu’à la preuve histologique du contraire », a-t-il affirmé.

Considérée comme une maladie capricieuse, Touré Moctar a, par ailleurs expliqué comment découvrir les signes cliniques de cette pathologie qui touche 1% des hommes. Se basant sur des études scientifiques, il a montré que le cancer du sein, se manifeste à travers la présence d’une boule dans le sein. Il n’a pas manqué de parler d’autres symptômes, relevant que la plus part des tumeurs cancéreuses sont détectées par les femmes elles-mêmes. Ainsi, il est important pour toute femme de connaître les changements naturels de sa poitrine, au cours de son cycle menstruel. A ce propos, le spécialiste recommande à toute femme de palper ses seins, pour chercher une anomalie, tous les mois, sept (7) jours après ses menstrues, tout comme prêtez attention à ses seins, lorsqu’on change de vêtements ou lorsqu’on prend un bain…

Le cancérologue a aussi exhorté à faire attention et à ne pas sombrer dans une angoisse perpétuelle, en surveillant obligatoirement les seins tous les jours. Pour ce faire, la femme doit procéder régulièrement à des palpations des seins . « Si la personne est anxieuse suite à un changement constaté, elle doit se référer à un médecin, sans attendre, pour lever toute équivoque », a-t-il conseillé.

Touré Moctar a aussi fait observer que la première chose à surveiller, est l'apparition de grosseurs dans le sein, le changement de taille et de forme des seins ; l'apparition d'une peau d'orange ; d'une rondeur ; des anomalies de la peau, telles que des fossettes ou une ride à sa surface. Le cancérologue a fait cas d’autres symptômes, en parlant d’une grosseur ou une enflure sous l'aisselle ; d’un écoulement unilatéral de sang à partir du mamelon, d'une rétraction du mamelon ; de la modification récente de la taille du sein ou d'une rougeur sur le mamelon.

Les complications

Malheureusement en Côte d'Ivoire, a révélé le cancérologue, 80 % des femmes atteintes du cancer du sein, arrivent à l'hôpital à un stade très avancé de la maladie. Elles font généralement recours à la médecine moderne quand une solution n'a pas été trouvée auprès des tradipraticiens. Ce qui entraîne dans la majeur partie des cas, des complications liées à cette pathologie. « Généralement, il est difficile de sauver la personne ou dans le meilleur des cas, l'ablation du sein s'impose », a indiqué le cancérologue.

Et pourtant, s'il y a une chose que les femmes répugnent, c'est la mastectomie. De fait, comme l'a fait savoir le maître de conférences agrégé de cancérologie, en plus de l'effet psychologique de subir une mastectomie, de nombreuses patientes sont très mal à l'aise, à l'idée de perdre un sein ou les deux. Elles peuvent connaître une dépression ou une anxiété, suite à l'opération. Ce n'est pas trop de leur faute. Elles sont hantées par la peur de perdre leur mari ou leur foyer par ce seul fait. Car plusieurs femmes ont été divorcées ou abandonnées par leur époux ou compagnon suite à l'ablation d'un sein ou des deux. Pour éviter ce « déshonneur », les patientes les plus nanties peuvent choisir d'avoir une opération de reconstruction mammaire ou d'utiliser des prothèses mammaires suite à une mastectomie, de façon à garder la même apparence physique qu'elles avaient auparavant.

Il ne faut pas perdre de vue les effets secondaires des méthodes de traitement, à savoir la chimiothérapie, la radiothérapie, l'hormonothérapie...Ces traitements provoquent la chute des cheveux, l'inflammation des tissus pulmonaires, une lésion cardiaque ou des cancers secondaires peuvent survenir. Chez les femmes en péri-ménopause, les effets secondaires du traitement, peuvent endommager les ovaires qui arrêtent de produire des hormones. Ce qui peut donner lieu à des symptômes de ménopause tels que la sécheresse vaginale et bouffées de chaleur. Les règles peuvent stopper ou devenir très irrégulières.

Le dépistage

Toute chose qui rend la grossesse pratiquement impossible. Pour éviter d'être exposé à ces complications, a conseillé le cancérologue, la meilleure des solutions est de se faire dépister de façon précoce. Depuis de nombreuses années, la détection d'un cancer du sein se fait par un examen médical systématique. Appelé mammographie, cet examen permet de détecter la tumeur, et de dresser un diagnostic. C'est le moyen le plus efficace, utilisé par les pays, pour diagnostiquer la maladie.

En effet, une mammographie est une radiographie aux rayons X des seins. Pendant l'examen, la poitrine est légèrement compressée entre deux plaques métalliques. Cet examen ne dure que quelques minutes, et est indolore. Les palpations des seins sont également efficaces dans le diagnostic de cette maladie. Cependant, certaines techniques sont utilisées pour diagnostiquer cette maladie qui, chaque année, touche en France, plus de 41 000 femmes, et entraîne plus de 11 000 décès. Il est bien de noter que le dépistage est indispensable dans la prise en charge du cancer du sein. Car, la mammographie permet de déceler les anomalies, et de prévoir un traitement adapté. Plus la tumeur est détectée précocement, rapporte le médecin, plus le traitement est efficace.

Le traitement

Plusieurs thérapies ciblées, a signifié le cancérologue, sont aujourd’hui utilisées pour lutter contre le cancer du sein. Il a fait cas de la chirurgie, de la radiothérapie, de l'hormonothérapie, de la chimiothérapie.... Il arrive parfois qu'un seul type de traitement, a dit Touré Moctar, soit nécessaire. Dans d'autres cas, une association de traitements, est utile pour mieux maîtriser la maladie.

On peut ainsi, par exemple, réaliser une chirurgie, et compléter ensuite le traitement, uniquement par une chimiothérapie ou par une radiothérapie. Malheureusement, la Côte d’Ivoire ne pratique pas pour le moment, le traitement par la radiothérapie. Selon le maître de conférences agrégé, c’est maintenant que le bâtiment devant abriter cette unité est en construction au Chu de Cocody. « D’ici 2017, l’unité de radiothérapie sera opérationnelle », a-t-il indiqué au cours de la formation. Et pourtant, des pays tels que le Ghana, la Mauritanie, le Niger, le Bénin et le Sénégal disposent, depuis des années, d’une unité de radiothérapie.

En matière de prise en charge du cancer du sein, la Côte d'Ivoire contrairement à certains pays de l'Afrique de l'ouest, est très en retard. De fait, lors de la formation, il a été donné de constater, à travers les différentes diapositives, que des efforts ont été faits mais que beaucoup reste à faire en matière de lutte contre le cancer du sein en Côte d'Ivoire. Les anticancéreux sont inaccessibles, et le coût du traitement ( de plus de 300.000 F Cfa à plusieurs millions de F Cfa) reste encore élevé. Les structures publiques de prise en charge, sont très insuffisantes. Que dire des spécialistes ? La Côte d'Ivoire indépendante depuis 1960 ne compte que 4 à 6 cancérologues et seul Abidjan dispose d'un registre de cancérologie et de quelques mammographes dans le privé. Aucune ville de l'intérieur n'est dotée de cet appareil capital dans le dépistage du cancer du sein. Un luxe auquel veut palier le Pnlca en 2018, en équipant les Centres hospitaliers universitaires (Chu) et les Centres hospitaliers régionaux (Chr) de mammographes

Dossier réalisé par Elysée YAO

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de linfodrome.ci, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.