Entretien / Assurance maladie

Donatien Robé, spécialiste de la protection sociale : ''Voici la différence entre la Cmu et l'Amu''

La Cmu doit être obligatoire pour tous''
20/01/2015
Donatien Robé fait des propositions concrètes pour la réussite de la Cmu (Photo d'archives)
Très engagée pour l’assurance maladie en Côte d’Ivoire, l’Ong Orphelins secours n’est pas satisfaite de la formule de la Couverture maladie universelle (Cmu). Nous avons interrogé Donatien Robé, son président, spécialiste de la protection sociale.

Quelle est la différence entre la Couverture maladie universelle (Cmu) et l’Assurance maladie universelle (Amu)?

Belle question, parce que les Ivoiriens ne voient pas trop bien la différence entre ces deux systèmes. Sachez que les initiateurs de la Couverture maladie universelle (Cmu) justifient l’abrogation de la loi sur l’Assurance maladie universelle (Amu) par le fait que ce système serait lourd à gérer, avec plusieurs caisses, contrairement à la Cmu qui, elle en a qu’une seule. C’est une fausse polémique puisque dans les deux systèmes, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) est l’organe de régulation et le principal acheteur de soins. En réalité, il y a deux idéologies qui s’affrontent. D'un côté, on a l’Amu inspirée par le socialisme qui, par son caractère obligatoire et très social, ne voulait laisser aucun Ivoirien sur le bord du chemin en matière d’accès aux soins. Mais, cette conception généreuse à la française a un coût très élevé. L’Etat devait financer abondamment le système et il fallait trouver ces financements. De l'autre côté, il y a la Cmu qui est d’inspiration libérale, même si ce libéralisme est tempéré par quelques actions sociales. Avec la Cmu, l’Etat ne veut pas investir beaucoup d’argent. Mais, dans le fond, il n’y a pas de grand changement puisque la majorité des bénéficiaires avait un minimum de couverture santé avant la Cmu, soit avec la Mugef-ci, soit avec les assurances privées. On voit aussi que le recouvrement des coûts qui existait depuis les années 90 existera toujours dans le secteur informel. Il y a donc, d’un côté, l’Amu qui avait pour ambition de couvrir tous les Ivoiriens par son caractère obligatoire pour tous, et de l’autre, la Cmu qui couvrira autour de 5% des Ivoiriens, en réalité car le secteur informel qui représente plus de 90% de notre économie, a le choix d’adhérer ou pas. Pour ce qui nous concerne, la Cmu ne nous satisfait pas.

Et pourquoi la formule de la Cmu ne vous satisfait-elle pas ?

Nous aurions souhaité que le système soit bien financé, car le mode de financement actuel est faible. Nous souhaitions aussi que la Cmu soit véritablement universelle en étendant le caractère obligatoire à tout le monde. Enfin, nous souhaitons que les soins de base dits primaires soient gratuits dans la limite d’un plafond et que la participation financière de l’assuré aux coûts des soins, c’est-à-dire le ticket modérateur, soit instaurée au-delà de ce plafond. De cette façon, nous aurions un vrai accès aux soins de base.

Cela est-il techniquement possible ?

Bien sûr! Nous avons fait des propositions précises aux responsables de la Cmu, il y a un an. Mais, ils n’en ont pas tenu compte. Nous restons convaincus que le temps nous donnera raison car les Ivoiriens, progressivement, se rendront compte des failles du système. La Cmu va créer des droits dès lors que l’assuré paye sa cotisation annuelle. On ne pourra donc pas lui refuser des prestations comme il a été constaté avec la gratuité des soins. La Côte d’Ivoire veut être émergente en 2020, nous devons être ambitieux dans tous les domaines y compris celui de la santé, en adoptant des solutions techniques innovantes.

Quelles sont vos propositions ?

Sur la question du financement, en plus des 1000 fcfa mensuels par personne, nous avons proposé une taxe santé sur des produits bien ciblés, n’ayant rien à voir avoir les produits de première nécessité et non inflationnistes. Il s'agit, par exemple, des appels téléphoniques, des boissons alcoolisées, des transferts d’argent, des eaux minérales, des produits polluants, des billets d’avions, etc. Ainsi, les plus nantis qui consomment plus ces produits contribueront plus, dans le cadre de la solidarité nationale. Pour la maîtrise des dépenses, nous avons proposé un système à compte personnel qui responsabilisera plus l’assuré. Si, d’un côté, le financement est solide et de l’autre, les dépenses sont maîtrisées, la Cmu vivra longtemps et les populations auront un vrai accès aux soins.

Pourquoi souhaitez-vous que la Cmu soit obligatoire pour tous ?

La Cmu a un but qui est l’universalité des soins, c’est-à-dire des soins pour tous. Seul le caractère obligatoire permettra de s’en approcher. En réalité, la Cmu débutera avec le secteur formel qui sera soumis au caractère obligatoire, tandis que le secteur informel sera libre d’adhérer ou pas. Le danger est que, si ça marche au lancement, le système sera parasité par ceux qui n’auront pas de couverture santé. C’est la fraude. C’est ce qui se passe au Gabon, au Mali et en Mauritanie. Si ça ne marche pas, personne n’en voudra. Il y a aussi un souci d’efficacité. L’Oms reconnaît d’ailleurs que les systèmes les plus efficaces sont obligatoires. La Cmu doit donc être obligatoire pour tous. Même les États-Unis qui avaient un système volontaire ont désormais fait le choix du caractère obligatoire. La Suisse qui a un système à 90% privé, donc très coûteux, a adopté le caractère obligatoire. Le Ghana, notre voisin, a un système obligatoire avec un taux de couverture de près de 50%. Il nous faut donc aller vers ce qui marche. Bien que l’économie informelle soit très importante dans notre pays, des astuces et techniques existent pour obliger les populations à adhérer au système.

Franck SOUHONE (via internet)

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Franck Souhoné

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  • SOURCE: L'inter

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