Préparation aux examens de Bepc, Bac: Les candidats entre études, église et maraboutage

La réaction d'un psychologue
08/06/2015
Des élèves préparant leurs examens (Ph:B.G.)
Il ne reste plus que quelques jours pour les candidats aux Brevet d'études du premier cycle(Bepc) et au baccalauréat pour affronter les épreuves écrites de leurs différents examens. Si les uns composent à partir du 08 juin 2015, les autres devront attendre le 29 juin 2015 pour se présenter dans leurs centres d'examen. Mais en attendant, nous avons fait une incursion dans le milieu des élèves candidats. Constat ? Rien n'est négligé pour décrocher le précieux sésame. Notre enquête!

La préparation aux examens du Bepc et du Bac empruntent parfois différentes trajectoires chez les candidats. Ces élèves sont certes conscients que ''seul le travail paie''. Mais, pour eux, toutes les ressources peuvent être sollicitées. « Tous les chemins mènent à Rome », dit l'adage. S'il n'y a pas une façon unique de décrocher son diplôme, certaines voies empruntées par des candidats débouchent parfois sur des pistes déconseillées. Attardons-nous sur ceux qui semblent avoir fait le choix des études et du travail. Mercredi 03 juin 2015. Nous sommes au groupe scolaire André Latrille. Dans cet établissement situé à Gesco, un quartier populaire de la commune de Yopougon, les enseignements ont pris fin depuis quelques jours. Les élèves sont déjà libérés. Mais, ceux des classes de 3ème et de terminale préfèrent se retrouver tous les jours. Objectif : préparer ensemble les examens. Par petits groupes, en fonction de leurs affinités, ils discutent de certains cours, font des exercices d'application. « Les choses se déroulent bien », se réjouit Annick. C'est la seconde fois qu'elle présente le Bac. Cette fois-ci, elle assure tenir le bon bout. « J'ai pu avoir ma moyenne de classe. Avec un peu de chance, je pense pouvoir être reçue à mon examen », fait-elle savoir. Avec ses 12,39 de moyenne, Konan N'dri a cependant une inquiétude : « J'ai des faiblesses en mathématiques », regrette-t-elle. La stratégie est donc de mettre l'accent sur la philosophie et le français pour espérer être parmi les heureux admis. Un peu d'arithmétique, et le tour est joué pour elle. « Si j'ai eu 11 en Philo et 10 en français, ça me suffira », souligne-t-elle. Mais c'est juste une probabilité qui devrait prendre en compte plusieurs variables. Best, cet autre candidat au Bac, dit supporter difficilement le stress. « Mes parents me mettent la pression si bien que je n'arrive pas à dormir comme il se doit », avoue-t-il. De l'avis de Jean-Luc, la volonté et la passion sont les clés du succès. « Vouloir, c'est pouvoir », dira-t-il, pour reprendre la pensée du philosophe Hegel. La préparation, c'est aussi l'encadrement des enseignants. Certains ont pris l'option d'appuyer leurs élèves avant la date des examens. Fandjoumon Christian est professeur de français. Ses dix années d'expérience dans l'enseignement lui permettent de montrer quelques astuces pour réussir aux examens. « A quelques jours des examens, nous aidons les candidats à traiter les sujets-types. En fait, il n'y a vraiment rien de nouveau. La différence se trouve dans la reformulation », explique-t-il. Gbahi Maurice, professeur d'histoire-géographie, lui, dit mettre l'accent sur la méthodologie. Mais l'assistance de ces enseignants va plus loin. « Nous leur donnons beaucoup de conseils afin qu'ils aient confiance en eux », indique Maurice.

Tous les candidats n'ont pas les mêmes techniques de préparation. Étudier, certes, mais prier reste aussi une autre voie. Et c'est là que des églises entrent en scène. Car pour certains candidats, le spirituel est une autre arme redoutable pour être admis. Larissa y croit fermement. Élève en classe de terminale, elle a déjà confié son examen à Dieu. Fidèle de l'église évangélique Le Tabernacle, Larissa dit avoir rencontré son pasteur. « Il m'a conseillé d'observer une semaine de jeûne. C'est ce que j'ai fait », révèle-t-elle. À l'église catholique, des paroisses ont déjà organisé des messes à l'intention des élèves. C'est le cas à la paroisse Sainte Elisabeth de Yopougon-Ananeraie. Le président des jeunes de ladite église, Alain Kouadio, explique l'engouement autour de ces messes spéciales dédiées aux candidats. « C'est la troisième année consécutive que nous organisons ce genre de messe. Cette année, la mobilisation était exceptionnelle », reconnaît-il.

Le mysticisme n'a pas été écartée par certains candidats. Nous n'avons pas pu avoir la chance de rencontrer ceux qui y croient. Mais de l'aveu de Doumbia Issouf, un spécialiste en science mystique, plus connu sous l'appellation ''Marabout'' , de nombreux élèves en classe d'examen ont eu à solliciter ses services. Installé à Port-Bouet II, un quartier populaire de la commune de Yopougon, la case de Doumbia ne désemplit jamais, surtout à la veille des examens. Des candidats, mais aussi des parents d'élèves, tous ont recours au pouvoir magique du marabout pour franchir le cap du Bepc ou du Bac. « Au moment où nous parlons(Ndlr : l'entretien s'est fait par téléphone), je reçois quatre élèves qui sont en face de moi. Je discute avec eux pour voir comment les aider à être admis », confie-t-il. Pour Doumbia, sa potion a toujours eu du succès auprès de ceux qui le consultent. « Le travail que je fais marche à tous les coups. Mais je leur demande de travailler, car ce que je fais, c'est juste les aider », précise-t-il.

Le regard d'un psychologue

Psychologue de formation, Toto Gabin Sylvère ne considère pas toutes ces postures et pratiques affichées par certains candidats aux examens scolaires comme une déviation. Bien au contraire, cela peut contribuer au succès. « La croyance en une divinité n'est pas mauvaise en soi. D'ailleurs, si l'on enlève à ces candidats cette croyance, ils risquent d'être affaiblis », explique-t-il. Avant d'ajouter : « Le fait de se fier à Dieu en étudiant augmente leur efficacité personnelle». Si le recours au mysticisme peut scandaliser certains esprits car relevant de l'irrationnel, Sylvère affiche plutôt une dose de réalisme. Pour notre psychologue, tout réside dans la nature de l'homme. « Lorsqu'on recherche un appui, on peut aller vers Dieu à travers des pasteurs ou prêtres, mais aussi à travers des marabouts. L'homme a toujours besoin d'être accompagné lorsqu'il est en difficulté. Si on lui demande d'arrêter de prier, cela va l'ébranler », soutien-t-il.

Bertrand GUEU

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Bertrand Gueu

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  • SOURCE: L'inter

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