Interview/ Prévention de la violence, gestion des conflits… Nadiarra Sidibé Diabagaté (Pdte de la Cofep) : « Les femmes ont décidé de prendre leurs responsabilités »


29/03/2019
Interview/ Prévention de la violence, gestion des conflits… Nadiarra Sidibé Diabagaté (Pdte de la Cofep) : « Les femmes ont décidé de prendre leurs responsabilités »
Mme Nadiarra Sidibé et sa coalition entendent œuvrer à éviter à la Côte d'Ivoire, de vivre d'autres crises. (Ph. Dr)

Pour prévenir la violence et pour une meilleure gestion des conflits, des organisations de femmes ont formé une coalition dénommée « Coalition des femmes pour la paix (Cofep) ». La présidente, Mme Nadiarra Sidibé Diabagaté, explique, dans cette interview, les actions qu’elles comptent mener.

Pourquoi une coalition des femmes pour la paix ?

La paix est une quête permanente. Aucun État n’est à l’abri de troubles. La paix est pour le pays, ce que représente la santé pour le corps. Dans un contexte politique marqué par la violence verbale, nous, femmes de Côte d’Ivoire, issues de la société civile, avons décidé de prendre nos responsabilités. D’où la mise sur pied de cette coalition qui regroupe plusieurs organisations de femmes de tous bords sociaux, ethniques et religieux.

 Que vise votre coalition ?

Elle vise d’une part, à sensibiliser et à faire du monitoring des discours politiques. Et d’autre part, à proposer des solutions pour la paix et la gestion des conflits. Nous encouragerons les initiatives, les bonnes pratiques, et nous dénoncerons au besoin, les discours qui s’éloignent de l’éthique.

Vous êtes connue comme la présidente d’une organisation proche du Rdr. Aujourd’hui, vous êtes à la tête d’une organisation de la société civile. Comment le comprendre ?

J’ai pris du recul. La politique est une excellente chose. Sous nos tropiques, malheureusement, c’est une arène dans laquelle tous les coups sont permis. Non, il ne faut pas concevoir la politique comme ça. J’y ai fait mes armes. Et j’ai de l’expérience. Tous les électeurs ne sont pas militants. Il y a des millions de citoyens qui veulent juste contribuer à un choix judicieux. Il ne faudrait pas leur faire peur. Leur voix ne doit pas être une arme qui va les détruire.

 Pouvez-vous être plus précise ?

Nous étions face à un dilemme. Soit, nous refusons de prendre nos responsabilités face au danger qui se profile à l’horizon, auquel cas ce serait faire preuve d’irresponsabilité. Soit nous agissons maintenant pour éviter le pire.

Et vous avez choisi d'agir…

Oui, j’ai choisi d’agir maintenant avec des femmes de toutes les classes politiques, sociales, religieuses et ethniques, parce que nous portons la vie, et nous sommes mieux placées pour la protéger. Ne dit-on pas que derrière un grand homme, se trouve une grande dame ? Et nous sommes « la nuit qui porte conseil ».

Que ferez-vous concrètement ?

Nous allons procéder, très bientôt, au lancement d’une caravane de sensibilisation dans chacune des régions de la Côte d’Ivoire, en y installant des sections pour le suivi de nos activités. Après quoi, nous allons cibler des zones potentiellement confligènes dans lesquelles nous allons mener des actions pour consolider la paix, la stabilité et la cohésion sociale entre les peuples. Nous nous inspirerons de la résolution 1325 des Nations Unies, dont la Côte d’Ivoire s’est doté le plan d’action.

Vos actions s'arrêtent-elles là ?

Non, bien entendu. Nous ferons aussi de la prévention et enfin du coaching et du monitoring des discours politiques. Il s’agira d’évaluer les discours, de féliciter quand il le faut ou de dénoncer quand il le faut aussi.

D'où allez-vous tirer les moyens, pour conduire vos initiatives ?

Nous sommes une coalition avec des groupements autonomes qui ont des moyens privés de fonctionnement. Ensuite, nous comptons sur les personnes de bonne volonté éprises de paix. Car, la paix est une thématique qui intéresse tout le monde. Sans la paix, aucune activité ne peut être menée. L'Onu a accompagné la Côte d’Ivoire pendant plus de 10 ans.

Mais cet accompagnement, semble-t-il, s'est achevé…

Pas vraiment. Elle continue de suivre la Côte d'Ivoire, parce que par expérience, un pays qui sort d'un long conflit, n’est pas totalement guéri avant une vingtaine d’années. Nous solliciterons donc le système des Nations unies et les représentations diplomatiques en Côte d’Ivoire, pour l’accompagnement technique et matériel.

Il y avait des centaines d’organisations de la société civile en Côte d’Ivoire. Mais cela n'a pas empêché la crise post-électorale avec ses 3000 morts. Quelles seront donc les chances de réussite de la Cofep ?Il ne faut pas voir les choses sous cet angle. Il faut être plutôt optimiste. Peut-être que si la société civile n'existait pas, on aurait eu des centaines de milliers de morts. Pour moi, il faut relativiser. Tous, autant que nous sommes, appartenons d’office à la société civile. Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’on a de cette société civile.

Quelle est cette idée ?

Certains pensent qu'elle doit opérer des miracles. D'autres la vouent aux gémonies. Ça ne marche pas comme ça. La paix est avant tout, un comportement, pour paraphraser Félix Houphouët-Boigny. Nous devons tous la cultiver dans nos paroles, en faisant usage du bon ton. Et dans nos actes, en évitant les affrontements.

La société civile est-elle donc une sorte d'éveilleuse de consciences ?

Effectivement. La société civile se matérialise par des organisations formelles qui jouent le rôle d’éveilleuses de conscience. Elle agit sur le terrain pour domestiquer les attitudes, afin de protéger les citoyens contre les abus. Elle est généralement la voix des sans voix.

 

Réalisée par K.A.N

Hermance K-N

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  • SOURCE: Soir info

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