Début du Ramadan, crise sanitaire…Imam Cissé Djiguiba (Recteur de la Mosquée Salam du Plateau) : «Le monde est en train de se désintoxiquer »

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debut-du-ramadan-crise-sanitaire-imam-cisse-djiguiba-recteur-de-la-mosquee-salam-du-plateau-le-monde-est-en-train-de-se-desintoxiquer « La situation que nous vivons permet d'apprécier la faiblesse humaine, d'apprécier les limites de l'homme », explique le guide religieux.
Société

C'est dans ses bureaux de la fondation Djigui à Marcory-résidentiel que le recteur de la Mosquée Salam du Plateau a reçu l'équipe de L'inter, ce jeudi 23 avril 2020. L'imam Cissé Diguiba, grande figure de l'islam en Côte d'Ivoire, a répondu à nos questions sur le Ramadan en pleine crise sanitaire du Covid-19. Cet intellectuel, membre de l'Académie des sciences, des arts, des cultures d'Afrique et des diasporas africaines (Ascad), donne son point de vue sur quelques sujets à polémique.

Dites-nous Imam, quand débute le Ramadan 2020 ?

Il n'est pas possible, au moment où nous parlons, de répondre avec précision à cette question. L'enseignement du prophète (Paix et Salut sur Lui) nous indique : « observez le jeûne lorsque vous aurez vu la lune. De même, cessez de jeûner lorsque vous aurez vu la lune à la fin du mois ». Ceci est la règle. Après, vient le débat sur : est-ce qu'avec les moyens modernes, il n'est pas possible de déterminer cela à l'avance ? Ce qui est de rigueur en Côte d'Ivoire, depuis les années 1986-1987, où le Conseil supérieur des Imams (Cosim) s'est organisé pour prendre en main un certain nombre de situations concernant la communauté musulmane, et qui ont un impact sur la vie sociale et culturelle de notre pays, l'apparition de la lune fait l'objet d'une réunion le 29 du mois lunaire. Si la lune est vue, le lendemain marque le début du Ramadan. Si la lune n'est pas visible, le jeûne commence le surlendemain. Nous sommes actuellement dans cette expectative.

Le Cosim, s'appropriant les directives du gouvernement dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, a décidé de la fermeture des mosquées sur toute l’étendue du territoire national. Vous convenez que ce début de Ramadan se fera dans des conditions particulières ?

Il est vrai de dire que le Cosim a pris des dispositions suite aux décisions annoncées par le gouvernement. Mais il faudrait préciser que la maladie qui sévit dans le monde concerne toutes les nations, toutes les communautés. Les mesures prises l'ont été pour des raisons de sécurité, de santé. Il est question d'éviter de créer les conditions propices à la propagation de la maladie. Il était tout à fait normal que le Cosim adhère aux dispositions du gouvernement, particulièrement les 8 points que le chef de l’État a indiqués dans sa déclaration importante relativement à la pandémie. Le Cosim s'est approprié cela dans la mesure où nous devons tous apporter notre contribution à la lutte contre le fléau. Les consignes données par le Cosim ont été suivies par l'ensemble des imams. Le Cosim, je le rappelle, est présent sur toute l'étendue du territoire. Il n'y a pas moins de 18.000 imams à travers le pays. Le Cosim est l'un des meilleurs réseaux pour permettre la transmission du message.

Comment le Ramadan sera vécu dans de telles conditions ?

Vous savez, on ne tire pas profit du mal. On en tire des leçons. Nous sommes en confinement. Nous décidons d'adopter une attitude responsable qui consiste à faire en sorte d'éviter que la maladie passe par nous pour atteindre d'autres. La mosquée, étant un espace où les fidèles prient de façon très rapprochée, il fallait que certaines mesures soient de mise. Cela dit, les prières se font à la maison. Chaque fidèle prie. En famille, le père de famille, ou un membre de la famille parmi les hommes qui s'y connaît mieux dans la pratique, devient l'imam. Il dirige la prière. Donc, le mois de Ramadan sera vécu différemment des autres années. Je dis différemment parce que cette fois-ci, on ne va pas à la mosquée, mais les maisons sont transformées en petites mosquées en ce sens que le père de famille et les enfants sont ensemble pour faire la prière. C'est donc beaucoup plus intime. Je crois que ce sera également l'occasion de renouveler sa foi, et réapprendre un certain nombre d'éléments qui permettent la pratique totale de l'islam en famille, et dans les communautés. C'est aussi une opportunité qui s'offre pour l'éducation morale et spirituelle de la famille. Le matin, on prie ensemble. On se sépare pour ceux qui vont travailler. On se retrouve le soir.

C'est, par ailleurs, un cadre de communication par excellence. Les enfants ont beaucoup de préoccupations. Il n'est pas toujours évident que papa et maman soient présents à la maison pour qu'ensemble un certain nombre de questions soient abordées. Cet encadrement moral, spirituel et intellectuel, est important. Il est possible de tirer plusieurs avantages de ce confinement. En fait, le confinement est, certes, un mot français. Mais ce mot existe déjà. Il correspond à la « retraite spirituelle ». Ce qui permet aux musulmans d'entrer en soi, de se confier davantage au Seigneur des mondes. Le confinement offre le temps aux uns et aux autres de faire des prières qu'ils ne font pas d'habitude. Par exemple, les prières surérogatoires, la lecture du coran, des enseignements spirituels, l'écoute des prêches enregistrés sur des supports. Il y a la méditation, les supplications qui sont des moments où non seulement il y a la purification de l'âme, mais il y a aussi ce processus qui permet à l'individu de se remettre en cause. La situation que nous vivons permet d'apprécier la faiblesse humaine, d'apprécier les limites de l'homme, de comprendre que si Dieu décide, peu importe la puissance des États, c'est sa décision qui s'applique.

On peut dire aujourd'hui que le monde est en train de se désintoxiquer. Les écologistes se plaignaient de la pollution de l'environnement. Aujourd'hui, tous les éléments de pollution sont arrêtés. La terre va respirer. L'oxygène prend le dessus. Cela va jouer sur la biosphère. L'homme vivra dans un nouvel environnement.

Alors, cette période de réclusion, de retraite pour le musulman, est une période de méditation, de supplication, de remise en cause. Mais c'est surtout un moment de réconciliation. La réconciliation avec le Seigneur des mondes, et la réconciliation au sein de la famille, au sein de la communauté. Déjà, certaines personnes l'ont commencé. En présentant à leurs frères et sœurs, à leurs voisins, des excuses si d'aventure, ils ont fauté. En même temps, ils demandent pardon pour que le Seigneur accorde sa miséricorde aux autres.

Vous insistez, dans cette période, sur l'attitude de générosité ?

C'est une période de générosité. La générosité n'a pas de limites. C'est la conséquence immédiate de l'amour qu'on a pour les autres. On donne en souriant. On donne en tendant la main à celui qui va s'écrouler, on donne en tendant la main à celui ou celle qui est près de se noyer. Il s'agit là d'approches pour montrer que le mois du Ramadan est un mois important. C'est aussi celui du coran. Le code de comportements du musulman, c'est le coran. C'est la lumière qui permet au musulman d'être mieux guidé, d'être mieux orienté, qui lui permet de s'occuper de lui positivement, de s'occuper également des autres positivement pour savoir qu'on a droit à l'épanouissement. Ce sentiment d'amour partagé a pour conséquence la solidarité. Lorsque vous jeûnez et que vous aidez quelqu'un d'autre à jeûner, vous avez la récompense de votre jeûne. Par rapport à celui que vous avez aidé matériellement à jeûner, il vous est prescrit une deuxième récompense de jeûne. C'est vraiment un bonus extraordinaire. Ce mois est un moment de renforcement de capacités du point de vue moral et spirituel. Le musulman a énormément de choses à faire pendant ce mois. Au niveau individuel, pour le rachat de ses péchés, au niveau de sa famille, et au niveau de la communauté. Au niveau de ses rapports avec les autres membres de la communauté non-musulmane. Il y a beaucoup d'actes de générosité et d'échanges qui se passent pendant cette période. C'est pour cela, Dieu nous dit : « Oh, vous les hommes, nous vous avons créés d'un homme et d'une femme, et nous avons répartis en peuples et en tribus afin que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d'entre vous auprès d'Allah est le plus pieux ». Il y a cette diversité face à l'unicité absolue du Seigneur des mondes créateur. Nous avons la manifestation de l'homme, de ce besoin de comprendre la nécessité de la diversité ; surtout cette diversité est vécue spirituellement entre les musulmans et les personnes d'autres confessions. Le mois de Ramadan est, par excellence, un mois d’épanouissement, un mois de bonheur et de paix. Paix dans son for intérieur, paix dans nos relations avec les autres, avec les espèces animales, végétales, et minérales. Aujourd'hui, plus que jamais, le monde a besoin de paix. Aujourd'hui, tout le monde est inquiet, les plus puissants sont derrière les masques. On comprend qu'il n'y a de puissance absolue que celle du Seigneur des mondes. Cette pandémie ouvrira le champ à de nombreuses études prospectives.

On sait, d'une manière générale, que le coronavirus trouve un terrain fertile sur les systèmes immunitaires faibles. Est-ce qu'il serait prudent, pour des musulmans atteints de certaines pathologies, d'observer le jeûne ?

C'est depuis 1987 que je me suis engagé dans la lutte contre le Vih Sida. Nous avons été confrontés à ces questions. Un malade doit-il jeûner ? Ce sont des questions auxquelles le coran a répondu il y a 1441 ans. Il nous dit : « celui d’entre vous qui est malade ou qui voyage jeûnera ensuite un nombre égal de jours ». On doit être sincère dans ce que nous faisons. Le malade va à l'hôpital. Le médecin lui dit : « votre état ne vous permet pas de jeûner ». Comme il peut le dire pour certains malades de l'hypertension, du Vih Sida, du diabète etc. Sur ce chapitre, je constate que la Côte d'Ivoire a avancé sur un certain nombre de points. Il y a des médecins qui vont dans les mosquées et qui proposent aux fidèles de faire des bilans de santé. Nous avons des malades qui s'ignorent. Et lorsque quelque chose peut être fait avant le mois de Ramadan. En ce moment, les médecins font des prescriptions et les personnes se soignent avant le début du Ramadan.

Même s'il n'est pas possible de faire les prières de groupe, n'est-il pas envisageable d'autoriser l'appel à la prière ?

Oui, c'est envisageable. Le ministère de tutelle a déjà produit un communiqué dans ce sens ; nous, imams, en avons reçu copie. Cependant, cette autorisation ne veut pas dire que les portes des mosquées sont ouvertes pour d'autres formes de prière. L'autorisation va permettre aux fidèles de savoir, qu'il est l’heure d'arrêter de manger le matin, à partir de 4h45, par exemple, parce que la prière va se faire à 5h10...tout dépendra de l'heure qui sera diffusée.

Les gens prendront les dispositions pour faire l'appel à la prière de façon convenable.

On a entendu des voix défendre l'idée selon laquelle la crise sanitaire actuelle a des motivations divines, et que le Tout-Puissant exprimait son mécontentement devant les nombreuses déviances observées à travers le monde. Que pensez-vous de cette thèse ?

Je ne suis pas de cette tendance à vouloir diaboliser le monde, à faire une interprétation de la colère de Dieu. Est-ce que nous-mêmes, sommes satisfaits de ce qui se passe dans notre monde ? Les clonages humains, le libertinage sexuel où les hommes deviennent des femmes, vice-versa, et bien d'autres choses. L'homme était allé trop loin. J'expliquais à l'instant qu'avec cette situation la terre va respirer de nouveau. C'est ce que feu Seydou Badian disait dans son livre Sous l'orage, s'adressant à ses enfants : « mes enfants, suivez le progrès, les litiges vous suivront. Par vos inventions et vos machines, vous croyez dominer la nature alors que vous devenez esclaves de vos propres créations ». En fait, il y a tout un ensemble d'avertissements que nous avons reçus relativement à nos comportements déviants pour la plupart. On était allé trop loin pour ne pas constater où le monde allait. Le monde s'est arrêté. Il faudrait que nous revenions à l'humanité. L'individualisme criard et cette absence de sentiment d'amour et de fraternité humaine commençaient à faire place à l'amour forcené du gain. La vente des organes humains, l'esclavage moderne de l'être humain...tout ce que nous constatons. Le coran le dit : « la corruption s'est répandue sur terre et mer à cause de ce que vous faites vous-mêmes de par vos propres mains ». C'est ce qui amène certains à dire : « oui, le monde a un maître, il nous a donné un mode de conduite à observer, mais on croit qu'il n'existe plus ». Alors, l'auteur de ce monde nous rappelle à l'ordre. C'est donc pour cela que nous sommes en face d'une petite bête qu'on ne voit pas à l’œil nu. Mais sa force fait que nous y croyons. Non seulement, nous y croyons, mais cela a modifié nos comportements de façon profonde. C'est un avertissement que nous ne sommes pas autant libres que nous croyons de faire tout ce que nous faisons. Le maître de l'univers nous rappelle à l'ordre. Revenons à lui ! Mais je ne crois pas à la thèse selon laquelle le monde serait habité par des démons. Vous savez le rôle des arbitres dans un match. Dans notre cas, les arbitres ne pouvaient plus rien faire. Le grand arbitre a sifflé et tout s'est arrêté. Nous allons donc redémarrer. Et c'est notre rôle à tous, et particulièrement, celui des religieux. C'est à ce moment qu'il faut parler aux gens, s'adresser aux cœurs des gens pour que nous revenions sur terre et que nous fassions en sorte que nos comportements invitent au bien pour nous éloigner du mal.

Certains, y compris des guides religieux, estiment que c'est une erreur de céder à la fermeture des lieux de prière, et que le faisant, l'on cède aux manœuvres du « diable » ? Que pensez-vous, Imam, de cette façon de voir ?

Ce n'est pas ma vision. Ma vision est déjà claire. Mon opinion est celle du Cosim. Et ce n'est pas seulement le Cosim en Côte d'Ivoire ni le Codis (Conseil des imams sunnites). C'est une décision mondiale de tous les musulmans du monde. Notre référence à tous, cinq fois par jour, nous nous tournons vers le Seigneur des mondes. La maison d'Allah se trouve à la Mecque. Elle est fermée. Même pendant ce mois de Ramadan, il y aura l'appel à la prière. Le personnel d'entretien fera la prière derrière l'imam de façon à respecter un certain nombre de dispositions. Pour autant, les mosquées ne sont pas ouvertes.

Personnellement, j'ai reçu des appels d'autres imams. Je leur ai expliqué que ce genre de pandémie dans l'histoire de l'humanité, depuis le Moyen âge jusqu'à nos jours, est arrivé 40 fois. Il y a eu, dans certaines situations, plus de morts que ce que nous vivons aujourd'hui. Bien sûr, le fléau n'est pas encore sous contrôle. Mais ce n'est pas pour cette raison que nous allons croire qu'il se limite à nous. Il faut accepter que le fait de fermer les mosquées est une période transitoire. Il faut être optimiste que Dieu nous fera miséricorde pour que nous ayons le remède curatif, définitif, au mal. Sinon, en 2010, toutes les mosquées étaient fermées. Non pas à cause du coronavirus. Mais en raison du corona des hommes. Les mosquées, les temples, les églises étaient fermées.

Qu'est-ce qui est prévu contre les contrevenants aux directives du Cosim ?

Non, les mosquées ne seront pas ouvertes.

S'il y a des contrevenants, seront-ils sanctionnés ?

Il n'y aura pas de contrevenants. Il y a déjà une expérience de plus d'un mois. Ceux qui n'étaient pas informés le sont. Je vous dis que le Cosim et le Codis sont installés sur toute l'étendue du territoire. Il y a eu des indisciplinés, au niveau d'Abidjan, qui ont été rappelés très rapidement à l'ordre. Ailleurs, dans le monde, nous avons vu qu'après l'information donnée, des lieux de culte ont été pris d'assaut par des agents de sécurité. Ils attendaient, matraques en mains, les fidèles pour leur montrer que s'ils n'ont pas entendu la menace du coronavirus, ils vont entendre les crosses. Et ils ne reviendront plus dans le lieu de culte jusqu'à nouvel ordre. Nous prions Allah de permettre que le retour à la mosquée se fasse dans un bref délai.

Certaines rumeurs indiquaient la découverte d'un cheveu dans le saint coran, et qu'il s'agirait d'un remède contre le coronavirus. En avez-vous entendu parler, et qu'en pensez-vous ?

L'esprit de l'homme est tellement productif qu'on va inventer des choses qui n'en valent pas la peine. Le coran nous en aurait donné l'information, les enseignements du prophète (PSL) nous auraient situés sur ce point. J'ai regardé le coran. Je n'ai pas vu de poil ni de cheveu. Il y a près de 40 ans, quelqu'un écrit régulièrement qu'il y a le gardien de la tombe du prophète qui a rêvé…Ce ne sont même pas des rumeurs mais une volonté affichée d'induire les gens en erreur. Plutôt que d'être reconnaissant vis-à-vis d'Allah, on invente une histoire qui n'a jamais existé. Il n'y a pas de gardien de la tombe du prophète (PSL) à Médine. Ce sont des choses qui vont toujours revenir. Souvent- pourquoi pas le dire, le Satan peut inspirer le mal à des gens- et ceux-là seront convaincus de ce que ce qu'ils sont en train de dire est la vérité. Non, il n'y a pas de cheveu dans le coran qu'il faudrait utiliser pour se laver. Que Dieu nous en préserve !

Avez-vous un message particulier à livrer à la communauté musulmane ?

Je voudrais adresser mes vœux les meilleurs à tout le peuple ivoirien. Particulièrement, aux musulmans, qui commencent le jeûne. Je voudrais demander que nous profitions de cet instant de méditation, pour prier pour que nous ayons la paix en Côte d'Ivoire, la paix dans nos demeures, et que cela soit une occasion pour apaiser les cœurs, pour que cette année, que nous avons beaucoup redoutée, que grâce à ces prières, nous allions à des élections de paix, d'amour et de fraternité, sans que nous ne soyons davantage éprouvés. Sans toutefois aimer la numérologie, j'observe que nos frères catholiques viennent de finir leur jeûne de 40 jours. 40 jours plus 30 jours font 70 jours. Lorsqu'on ôte le zéro, on trouve le chiffre 7, un chiffre extrêmement important. Je prie Allah, Seigneur de l'univers, qu'il nous apporte sa grâce, sa miséricorde, en Côte d'Ivoire, et partout, dans le monde. Dieu nous donne la paix dans nos cœurs et dans nos corps, et dans nos demeures, qu'il nous guide davantage dans le droit chemin, qu'il fasse en sorte que la Côte d'Ivoire reste un pays d'amour et de fraternité.

Réalisée par Kisselminan COULIBALY