Après son audition à la Cpi : Ces révélations de Mangou qui peuvent sauver ou couler Gbagbo


11/10/2017
Après son audition à la Cpi : Ces révélations de Mangou qui peuvent sauver ou couler Gbagbo

L'audition du général Philippe Mangou pourrait être déterminante pour l'issue du procès contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, à la cour pénale internationale (Cpi). Elle constitue, en tout cas, un tournant décisif de ce procès.

En témoigne, le fait que le juge-président, Cuno Tarfusser, ait consacré une séquence de plus d'une demi-heure, pour interroger, lui-même Mangou sur des points lui paraissant importants à clarifier. C'est la toute première fois, depuis l'ouverture du procès, le 28 janvier 2016, qu'il « cuisine » ainsi un témoin. C'est tout dire. C'est que l'ex-Chef d'état-major des armées (Cema) sous Laurent Gbagbo, est un acteur majeur des faits ayant conduit l'ex-chef de l'Etat ivoirien devant la Cpi. Ce qui fait dire que certaines révélations qu'il a faites, durant son audition, pourraient jouer en faveur de Gbagbo ou plutôt le couler. Les déclarations de l'ex-Cema, relativement à certains faits reprochés à Gbagbo, peuvent, en effet, aider à disculper celui-ci.

En l'occurrence, s'agissant de la tuerie des femmes d'Abobo et les tirs sur le marché Siaka Koné de ladite commune. Au sujet des femmes qui auraient été tuées à Abobo, lors de la marche du 3 mars 2011, Mangou a dégagé toute responsabilité des éléments combattant alors pour le compte des Forces de défense et de sécurité (Fds), dites pro-Gbagbo. "Nos hommes n'étaient pas impliqués", a-t-il soutenu, le jeudi 28 septembre 2017. Puis, l'ex-patron des armées d'ajouter: " Suite à une enquête interne que nous avons menée, nos hommes n'ont pas tiré sur des femmes. Detho Letho m'a dit que nos hommes n'étaient pas impliqués parce qu'après la deuxième phase de l'opération, nos éléments ont rejoint le camp commando...".

Une semaine après, soit le jeudi 5 octobre 2017, il a maintenu sa position. Interrogé longuement par le juge-président Cuno Tarfusser, sur la scène du crime c'est-à-dire des images se rapportant à l'incident, Mangou ne s'est guère dédit: il a expliqué que le cortège de véhicules militaires qui circulaient, ce jour-là, sur la voie, n'appartenait pas aux forces qui étaient sous son contrôle. Mieux, que le sens dans lequel allaient ces véhicules ne correspondait pas du tout à l'itinéraire qu'empruntaient, d'ordinaire, les troupes que l'état-major déployait sur Abobo, au moment des faits.

Quand le juge-président lui a fait écouter, dans le prétoire, des tirs, à travers une vidéo, le témoin a indiqué qu’il « opte pour des tirs de kalachs, mais quand même à partir du char ». Et Cuno Tarfusser de dire : « Ce n’est pas une certitude. C’est une conjecture ».

En avançant de tels propos, soutiennent bien de personnes, Mangou dédouane les forces loyalistes, pointées du doigt, comme étant les auteurs de ces crimes de guerre. Par ricochet, il laisse sous-entendre qu'on ne saurait les imputer à Gbagbo.

L'autre déclaration de Mangou, qui pourrait sauver l'ex-président de la République, est relative à l'attaque du marché Siaka Koné d'Abobo durant les heures chaudes de la crise post-électorale. Sur la question, l'ex-patron des armées ivoiriennes a nié toute responsabilité des ex-Fds dans le bombardement de ce marché. Selon lui, vu la portée du mortier, il est pratiquement impossible de viser le marché à partir du camp commando d'Abobo. "Si on le faisait, je ne pense pas qu'Abobo serait ce qu'il est aujourd'hui", a-t-il soutenu. Et d'ajouter qu'il n'a autorisé que deux tirs au mortier, l'un, le 23 février 2011 et l'autre, le 25 du même mois, qui ne visaient guère le marché. Si donc les forces loyalistes n'ont pas tiré sur le marché Siaka Koné, alors on ne saurait retenir ce fait contre l'ex-chef de l'Etat. Ainsi comprises, ces déclarations de Mangou sont plutôt à l'avantage de Gbagbo.

Des propos à charge

D'autres assertions de l'ex-Cema pourraient, en revanche, couler Laurent Gbagbo. Notamment celles relatives aux résultats du scrutin présidentiel, à la réquisition de l'armée et aux instructions que Gbagbo aurait données aux forces combattant alors pour son compte. En effet, le général Mangou a répété que l'ex-chef de l'Etat n'a pas gagné l'élection présidentielle de 2010, à l'origine de la crise post-électorale ayant occasionné officiellement 3000 morts. " Notre boussole, après les élections, ce sont les institutions, à condition qu'elles soient fortes et crédibles. Nous avons été induits en erreur par l'institution en laquelle nous croyions", a-t-il dénoncé, le vendredi 6 octobre 2017, l'arrêt du Conseil constitutionnel ayant proclamé Gbagbo vainqueur à l'issue du second tour de la présidentielle. Et d'ajouter: " On a vu un collaborateur du président déchirer un procès-verbal, un acte humiliant". Ces propos de l'ex-Cema laissent sous-entendre que Gbagbo a voulu s'accrocher au pouvoir, alors qu'il avait perdu les élections. De là à en déduire que c'est son entêtement à s'arc-bouter au fauteuil présidentiel qui a conduit aux violences post-électorales, il n'y a qu'un pas.

Par ailleurs, le général Mangou a soutenu que les hommes qu'ils dirigeaient n'ont agi que suite à une réquisition de l'armée, signée des mains de Gbagbo. "Moi, j'affirme qu'il y a eu une réquisition. L'armée est intervenue sur réquisition", a-t-il martelé. Mieux, l'ex-Cema a clamé qu'il recevait des instructions de l'ex-chef de l'Etat, comme pour dire que l'armée n'agissait que sur la base des instructions reçues de Gbagbo. " Il n'appartient pas au président (Gbagbo) de donner les détails des ordres opérationnels qu'il donnait. Il donnait des instructions opérationnelles, mais ne donnait pas les détails. Les détails reviennent au chef d'état-major", a souligné Mangou. Le disant, il laisse sous-entendre que les actes posés par ses troupes à l'époque des faits, tirent leur source des ordres qu'elles recevaient du locataire du palais présidentiel. L'ex-Cema tend, par de tels propos, à établir la responsabilité de leur mandant dans les actes posés par les troupes qu'il dirigeait. De telles déclarations, on s'en doute, pourraient jouer contre l'accusé.

Tout comme les révélations qu'il a faites sur l'enrôlement de mercenaires par le camp Gbagbo durant la guerre post-électorale. "Le 4 mars 2011, quand je sortais de la résidence du président Gbagbo, j'ai vu cinq véhicules militaires banalisés pleins de mercenaires, conduits par Seka Seka, l'aide de camp de Mme Simone Gbagbo. Ceux que j'ai vus n'étaient pas des soldats ivoiriens. C'étaient des mercenaires superbement armés de kalachnikovs, de Rpg, de pistolets automatiques, alors que l'armée ivoirienne était à court de munitions. Je connais nos soldats, eux, ce n'étaient pas nos soldats", a révélé Mangou, le mardi 26 septembre 2017.

Un sujet sur lequel l'avocate camerounaise de Blé Goudé, Me Kadji, est revenue le jeudi 5 octobre 2017. Comme le témoin a reconnu qu’en janvier 2011, 3 184 hommes avaient été recrutés dans l’armée, elle lui a alors demandé s'il pouvait connaître tous les soldats, y compris les nouvelles recrues. Réponse de Mangou : « Non, je ne les connais pas de visage, ils venaient d'être recrutés ».

Mais pour certaines personnes, ces propos de Mangou pourraient être retenus contre l'ex-chef de l'Etat; le recrutement de mercenaires étant puni par le droit international.  

 

Assane NIADA

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de linfodrome.ci, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

 

 

Assane Niada

|

  • SOURCE: Soir info

1 | 2