Jean-Louis Billon : « Quand Ouattara va se retirer de la politique, le Rhdp disparaîtra »

Simone Gbagbo : « On n'a qu'à aller le plus loin possible avec le Pdci »
04/12/2019
Jean-Louis Billon : « Quand Ouattara va se retirer de la politique, le Rhdp disparaîtra »
Simone Gbagbo et Jean-Louis Billon ont présenté la vision de leurs partis respectifs pour la paix.

L'alliance entre le Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda) et le « Parti de Gbagbo » devra aboutir à créer les conditions d'une « réconciliation vraie » et obtenir le retour de l'ex-président ivoirien, maintenu en Belgique depuis son acquittement, en janvier dernier. C'est ce qui ressort de la table-ronde organisée, lundi 2 décembre 2019, à l'hôtel Belle Côte, à Cocody-Riviera Palmeraie, par le Mouvement Solidarité pour Laurent Gbagbo, présidé par Maurice Lohourignon. Deux panélistes : Simone Éhivet Gbagbo, pour le camp Gbagbo, et Jean-Louis Billon, pour le Pdci-Rda, devaient se prononcer sur le thème général « Relever le défi de la réconciliation pour gagner la Côte d'Ivoire ».

Spécifiquement, Simone Gbagbo a développé le sous-thème « Retour de Laurent Gbagbo pour une vraie réconciliation », quand le Secrétaire exécutif du Pdci-Rda chargé de la Communication, de l'information et de la propagande, a entretenu l'auditoire sur « Pdci-Fpi : les promesses d'un rapprochement historique ».

Pour l'épouse de Laurent Gbagbo, « on n'a qu'à aller le plus loin possible avec le Pdci dans ce combat, qui est le combat d'actualité, sans tromperie, sans entourloupe… Le plus important, ce ne sont pas nos couleurs politiques ». Selon elle, le thème général abordé est évocateur de deux réalités en Côte d'Ivoire. Elle a indiqué : « notre pays est dans un tel état de délabrement moral, politique, institutionnel… que nous sommes obligés de relever le défi de la réconciliation pour sauver la Côte d'Ivoire ». Parce qu'à l'entendre, « chaque jour, notre pays nous échappe… Nous devons réussir absolument la réconciliation pour sauvegarder la Côte d'Ivoire. Nous avons le devoir de ne pas perdre notre nation ». Elle a dépeint une situation alarmante, dénonçant l'orpaillage clandestin, l'insécurité grandissante, la pauvreté… « Il subsiste dans notre pays, des plaies béantes. Notre plus grand besoin, c'est que ces plaies se referment, de sorte que nous redevenions bien portants, le corps et l'esprit en santé, pour que nous travaillions à la reconstruction, à la restauration de notre pays », a-t-elle déclaré, soulignant que pour y arriver, il faut « une réconciliation sincère qui s'étende à tous les ressortissants venus vivre sur notre territoire ».

En outre, a-t-elle indiqué, il va falloir faire asseoir les groupes en conflit, pour qu'ils règlent leurs différends. Ce qui aboutirait, in fine, à une « redéfinition du pacte social, à une revisitation de la Constitution ». Elle a ébauché des pistes de solutions pour une Côte d'Ivoire réconciliée. Cette réconciliation, à l'écouter, passe par le retour de Laurent Gbagbo dans son pays. « Nous sommes d'accord pour dire que Félix Houphouët-Boigny est le père de la nation ivoirienne. Mais il faut que nous soyons aussi d'accord pour dire que Laurent Gbagbo est le père de la démocratisation, de la décentralisation… en Côte d'Ivoire. Les populations reconnaissent le symbole que représente Laurent Gbagbo pour l'espoir, la survivance de la nation », a soutenu Simone Gbagbo, notant qu'il est un instrument pour le plaidoyer pour la paix, « un interlocuteur incontournable et indispensable, le médiateur accepté et désiré de cette réconciliation ». Pour elle, la réconciliation est un long processus qui doit être propulsé par le gouvernement. Aussi, a-t-elle interpellé le pouvoir en place à créer les conditions d'une réconciliation vraie dans le pays. « C'est au gouvernement de dresser la table de négociation et d'y inviter les acteurs. J'invite le gouvernement à libérer les fils du pays, civils et militaires, qui sont encore en prison du fait de la crise. Je l'invite à accorder une oreille attentive à l'opposition. La réconciliation vraie doit impacter toutes les institutions de la nation… Le président Laurent Gbagbo est prêt au pardon. Son retour encouragera les personnes méfiantes, peu crédules, à venir vers la table de négociation. Voilà pourquoi tous les démocrates doivent exiger son retour au pays », a affirmé Simone Gbagbo.


Caution de candidature

L'ex-Première dame a ri du souhait du chef de l'État, Alassane Ouattara, de faire passer la caution pour les candidatures à la présidentielle en Côte d'Ivoire, de 20 millions de F Cfa à 100 millions de francs Cfa. En référence aux conditions qui avaient été édictées, en 1990, pour empêcher Laurent Gbagbo d'être candidat à la présidentielle contre Félix Houphouët-Boigny. « Les houphouétistes reprennent ça. Aujourd'hui, ils estiment que ça va marcher. En 1990, ça a échoué hein ! Les voies de Dieu sont insondables », a-t-elle dit, soulignant que si la réconciliation échouait, « nous perdrons nos partis et la réalité ivoirienne ».
Pour Jean-Louis Billon, l'histoire réunit aujourd'hui le Pdci-Rda et la formation politique de Laurent Gbagbo. Pour l'ancien ministre du Commerce, de l'artisanat et des Pme, « unis, on peut changer les choses ». Il s'est prononcé sur la caution de candidature qui passerait à 100 millions de F Cfa. À l'écouter, « ce sont des propositions qui arriveront sur une table de négociation… Ça ne veut pas dire que ça va être fait. Une démocratie coûte cher. Avant, quand on avait mis la caution à 20 millions, pensant que Laurent Gbagbo ne pourrait pas payer, des gens ont cotisé. Si Dieu a dit que vous allez arriver au pouvoir, vous allez y arriver. On doit arriver à un système où on s'accorde. Ce ne serait pas bon qu'un individu nanti puisse prétendre seul à diriger le pays ».

Jean-Louis Billon a estimé que la victoire est une « promesse commune ». Pour lui, le Front populaire ivoirien (Fpi) et le Pdci-Rda devront atteindre l'objectif qui est de prendre le pouvoir ensemble. « Et après, demain, nous pourrons reprendre nos combats », a-t-il soutenu. « Personnellement, je me suis battu contre la disparition du Pdci. Je ne voudrais pas voir le Fpi disparaître un jour. Je ne peux pas comprendre, comment le Rhdp qui naît, puisse avoir autant de contradictions en son sein. Quand le président Ouattara va se retirer de la politique, d'une manière ou d'une autre, le Rhdp disparaîtra. Le Pdci et le Fpi vivront », a-t-il prédit, dans une salve d'applaudissement. Il a dénoncé, lui aussi, certaines pratiques sous le régime Ouattara, indiquant que « quand on dit qu'on est en démocratie, et que des gens sont arrêtés pour avoir dit quelque chose, c'est une mauvaise chose. Le Fpi et le Pdci sont d'accord pour le retour de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en Côte d'Ivoire… Nul ne doit rester en marge du processus de développement. On arrive à des aberrations quand on va vers la dictature… C'est n'importe quoi ! C'est là que nous sommes en Côte d'Ivoire ». Jean-Louis Billon a donc invité les Ivoiriens à comprendre que le Fpi, un parti de gauche, et le Pdci, un parti conservateur de droite, se mettent ensemble par « amour de la nation ».

 

Hervé KPODION

Hervé Kpodion

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  • SOURCE: Soir info

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