Présidentielle 2020 : Un cadre du RHDP fait l'autopsie de potentiel présidentiables de son parti


03/08/2020
Présidentielle 2020 : Un cadre du RHDP fait l'autopsie de potentiel présidentiables de son parti

S’il y a un parti qui est aujourd’hui profondément embêté par le choix de son futur candidat aux prochaines élections d’octobre 2020, c’est bien le RHDP.

Depuis le décès inattendu de son candidat désigné, le Premier Ministre Amadou GON COULIBALY, certains responsables de ce parti se sont lancés dans des incessants appels semblables à des prières de délivrances pour implorer le retour du Président Alassane OUATTARA pour un troisième mandat. Et pourtant, ce grand Homme a été on ne peut plus clair sur sa ferme volonté de transmettre le pouvoir à une nouvelle génération. C’est d’ailleurs son engagement solennel, pris devant le Congrès le 05 mars 2020 qui m’a amené à dire dans une récente publication que le Président Alassane OUATTARA déclinera sans hésitation le cadeau empoisonné du troisième mandat offert par certains de ces cadres et militants utopistes du RHDP. Si ces derniers ont, par leur attitude obséquieuse et indigne, déjà étalé leur incapacité à gérer les affaires de l’État et à assumer la plus haute fonction de la nation, d’autres par contre font montre, de par les résultats de leurs actions, de leurs aptitudes et leurs compétences à diriger le pays. Quatre, de ceux qui pourraient faire l’affaire du RHDP au soir du 31 octobre 2020, ont particulièrement retenu mon attention. Il s’agit bien, et je m’excuse pour ceux et celles qui n’y figurent pas, de Guillaume Soro Kigbafori, de Cissé Ibrahim Bacongo, d’Hamed Bakayoko et de Patrick Achi. Passons maintenant en revue le pedigree et les états de services de chacun de ces présidentiables.

Guillaume Soro Kigbafori est incontestablement des quatre présidentiables celui qui jouit de la plus grande popularité auprès des populations et qui a l’expérience la plus avérée dans la gestion des affaires de l’État. Leader charismatique de la Fédération des Élèves et Étudiants de Côte d’Ivoire (FESCI) où il compte encore de nombreux soutiens malgré les brouilles des années 2000-2010, Guillaume Soro Kigbafori est politiquement un fin tacticien et un stratège et qui a une très bonne connaissance de l’armée ivoirienne. C’est aussi un réformateur et un rassembleur qui a su intégrer dans son dispositif des compétences issues des différentes régions du pays Ainsi après avoir administré les régions Centre-Nord-Ouest, soit plus de la moitié du territoire ivoirien, pendant plus de cinq années à la faveur de la crise de 2002, Soro Kigbafori Guillaume entre parallèlement au Gouvernement au terme des différents accords de paix où il occupe successivement les portefeuilles de la Communication puis de la Reconstruction et de la Réinsertion. En avril 2007, à l’issue de Accords de Ouagadougou, il est nommé Premier Ministre, poste qu’il occupe jusqu’en décembre 2010. Après la crise post-électorale de 2010, il est reconduit en avril 2011 au poste de Premier Ministre par le nouveau Président élu Alassane OUATTARA. Il assumera ces fonctions jusqu’en 2012 avant d’être élu Président de l’Assemblée Nationale. En rupture de ban avec le RHDP, GSK est contraint à la démission de son poste de Président de l’Assemblée Nationale en février 2019. Pendant une tournée politique de longue durée dans différents pays d’Europe, une information judiciaire relative à des prétendus détournements de deniers publics, recel et blanchiment de capitaux portant sur la somme de 1,5 milliard de F CFA est ouverte à son encontre. Il est reconnu coupable au terme d’un procès expéditif et condamné à vingt ans de prison ferme et cinq ans de privation des droits civiques en avril 2020. En dépit de tous ses déboires, GSK est le seul des quatre présidentiables à avoir annoncé depuis octobre 2019 sa candidature à l’élection Présidentielle d’octobre 2020.

Cissé Ibrahim Bacongo est quant à lui un condensé de technocrate, d’homme de terrain très proche des militants et de stratège politique. C’est en 2005 qu’il fait son entrée au Gouvernement en qualité de Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Sous sa houlette, de nombreuses réformes sont engagées dans le système d’enseignement supérieur avec le basculement au système LMD, la réforme des structures d’enseignement supérieur, la réforme des bourses, etc. Après la crise post-électorale, reconduit à la tête de ce même ministère, il engage un chantier ambitieux de réhabilitation, d’extension et d’équipement de toutes les structures universitaires de Côte d’Ivoire qu’il achève en temps record, moins de deux ans. En avril 2014, il est nommé Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative. Dans ce département ministériel qui accumulait tous les superlatifs d’infériorité en matière désordre, de corruption et d’incurie, le Ministre Cissé Ibrahim Bacongo va opérer une chirurgie qui va radicalement transformer le cadre de travail, l’accueil des usagers et le traitement des dossiers. Toujours sur le terrain pour suivre et orienter comme un maître d’œuvre ses travaux de construction, de réhabilitation et d’embellissement, il est depuis octobre 2018, le premier magistrat de la commune de Koumassi. C’est à cette responsabilité qu’il va démontrer toute son expertise et ses compétences en matière de développement territorial et urbain. En moins de deux années, les travaux herculéens qu’il a engagés ont permis de transformer radicalement le paysage et le cadre de vie et de résoudre l’épineux problème des inondations dans la commune de Koumassi qui affiche aujourd’hui l’une des plus belles façades d’entrée et les rues et marchés les plus propres de la ville d’Abidjan. Expérience dont pourrait bénéficier toutes les villes et régions de Côte d’Ivoire si l’occasion lui était offerte de diriger le pays. Juriste chevronné et politicien hors pair, le Ministre Cissé Ibrahim Bacongo est aussi un écrivain à la belle plume, qui a été de tous les combats politiques de son parti. C’est donc un politicien et un technocrate accompli qui fait aujourd’hui, de par ces actions de développement municipal, l’unanimité aussi bien dans la majorité présidentielle que dans l’opposition. Depuis mars 2019, il occupe les fonctions de Ministre auprès du Président de la République chargé des Affaires Politiques.

Hamed Bakayoko est le dandy du gouvernement ivoirien qui a aussi fait ses classes dans le syndicalisme estudiantin, notamment dans le Mouvement des Élèves et Étudiants de Côte d’Ivoire (MEECI) qui est longtemps resté le mouvement de soutien au PDCI-RDA en milieu scolaire. Après un passage dans le journalisme et le monde des affaires, Hamed Bakayoko entre au Gouvernement en mars 2003 après les accord de Linas-Marcoussis où il occupe les fonctions de Ministre des Nouvelles technologies de l'Information et de la Communication. Après la crise post-électorale de 2010, il est reconduit au Gouvernement en qualité de Ministre d’État et occupe successivement le portefeuille de l’Intérieur et de la Sécurité puis celui de la Défense. Homme clé du dispositif d’Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko est nommé Premier Ministre par intérim en mai 2020 à la faveur des ennuis de santé du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly. Il est d’ailleurs pressenti pour assurer pleinement la fonction depuis le décès de ce dernier. Maire de la commune populaire d’Abobo depuis octobre 2018, Hamed Bakayoko est un homme de terrain, un rassembleur et surtout un homme de réseaux.

Patrick Achi est quant à lui un technocrate et un politicien qui s’est révélé aux ivoiriens en octobre 2000 avec sa nomination pour le compte du PDCI-RDA en tant que Ministre de Infrastructures Économiques, fonctions qu’il assure jusqu’en février 2012, puis d’avril 2011 à janvier 2017. En 15 ans de présence au Ministère des Infrastructures Économiques, Patrick Achi a piloté la plupart des grands travaux infrastructurels de la Côte d’Ivoire au cours des deux dernières décennies. Très discret à l’échelle nationale, mais actif dans sa région natale où il assure la Présidence du Conseil Régional, Patrick Achi est en janvier 2017 nommé Secrétaire Général de la Présidence. Proche de Feu Amadou Gon Coulibaly, il est l’un des poids lourds du PDCI-RDA à être resté au RHDP après le retrait de ce parti de la coalition qui demeure tout de même pour lui un environnement nouveau dans lequel il est appelé à faire ses armes surtout auprès des militants.

Comment avec tous ces présidentiables de haut vol, certains responsables de la haute direction du RHDP, spécialistes dans le parasitage, s’entêtent-ils encore à réclamer désespérément un improbable troisième mandat au Président Alassane OUATTARA ? Ce parti dispose de cadres compétents, mais a, en réalité, plus que jamais besoin de rassemblement et de cohésion sincères. C’est sur ce point que le Président Alassane OUATTARA est appelé à faire preuve de toute sa dimension d’homme d’État. D’abord, par la prise d’une amnistie générale au profit de tous les prisonniers et exilés politiques, ce qui permettra de donner un dernier coup d’accélérateur salvateur à la réconciliation nationale, le maillon faible de sa gouvernance, avant sa retraite politique. Une telle décision permettra non seulement d’apaiser l’opposition, mais aussi et surtout de taire les différends avec Guillaume Kigbafori Soro à qui, selon certaines indiscrétions, la succession aurait été promise au plus fort moment de la crise post-électorale bien avant que le Président Alassane OUATTARA ne modifie ses plans en faveur d’Amadou GON COULIBALY. Il est clair que si l’ex-PAN parvient à reprendre sa place au sein du dispositif du RHDP, il sera difficile de trouver un cadre de taille susceptible de le battre dans les consultations internes. Par la suite, Alassane OUATTARA devra se positionner en arbitre au sein du RHDP pour organiser des primaires crédibles et transparentes qui désigneront le futur candidat RHDP à la présidentielles d’octobre 2020. C’est à ce prix, rien qu’à ce prix, que le RHDP peut espérer conserver le pouvoir d’État au terme du processus devant conduire à l’élection du Président de la République.

Mais avec le profond chagrin qui l’éprouve actuellement suite au décès de son Fils Amadou GON COULIBALY, Alassane OUATTARA pourra-t-il se défaire des charognards et autres faucons du RHDP pour prendre les bonnes décisions qu’impose la situation actuelle ? Pourra-t-il surmonter dans le peu de temps imparti ses frustrations, sa colère et son égo vis-à-vis de Guillaume Soro et ses compagnons pour donner une chance au RHDP de s’imposer aux prochaines élections présidentielles d’octobre 2020 ? A défaut, acceptera-t-il d’organiser pour une fois et sans parti-pris, des primaires transparentes pour la désignation du candidat du RHDP parmi les autres présidentiables ? Autant de questions qui méritent d’être bien intégrées par ces militants et cadres du RHDP, constamment dans l’euphorie, et je me demande toujours ce qui justifie cet état, et qui feignent de ne pas voir la cuisante défaite qui plane à l’horizon.

A bon entendeur, salut !

 

Doux-Bahi Bahi Zahiri

Cadre du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP)

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