Affaire Alpha Blondy-Georges Kouakou; cas des promoteurs véreux

Koné Dodo, Dg du Palais de la culture, fait des révélations

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Publié le Source : Soir info
kone-dodo-dg-du-palais-de-la-culture-fait-des-revelations Koné Dodo prévient qu'une liste rouge d'usagers véreux du palais a désormais été dressée

Koné Dodo est le directeur du Palais de la culture Bernard B. Dadié. Promoteur culturel averti et ex-manager de la star de Reggae, Alpha Blondy, l’homme a accepté de nous parler. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il lève un coin de voile sur la vie du palais, l'affaire qui oppose Alpha à son ex-chef d'orchestre, Georges Kouakou et juge la musique ivoirienne.

A l'occasion de la Saint-Valentin, un promoteur a été pris à partie par le public. Comment avez-vous ressenti cela en tant que premier responsable du Palais ?

Il s'agit de M. Guédé, un promoteur de spectacles bien connu sur nos fichiers. Sincèrement, je n'ai pas apprécié le comportement de ce monsieur. En effet, il s’est permis d’annuler le spectacle, alors que le public était dans la salle. Ce n'est pas sérieux. Quand vous êtes le promoteur d'un événement, si vous constatez que vous ne vendez pas suffisamment de tickets, vous prenez le plus tôt possible les dispositions pour annuler l’événement. Cela se fait partout. Mais une telle décision se prend 15 jours voire trois semaines avant le spectacle. Moi, j'ai parcouru près de cent pays et j’ai été amené à constater que cela arrive partout. Je n’ai pas manqué de lui dire que j'étais mécontent de son acte. Parce que je ne comprends pas comment on peut annuler une manifestation le jour même de son déroulement. Même s'il y a dix personnes dans la salle, le spectacle doit se faire. Et lorsqu’on l’annule dans de telles circonstances, le remboursement de l’argent des clients doit se faire séance tenante. Je crois que cela n'a pas tout à fait été le cas. C’est pourquoi il y a eu des femmes-comme vous savez les femmes sont tenaces-qui l'ont conduit à la gendarmerie selon les informations que j'ai pu avoir…. D’ailleurs, en ce qui concerne M. Guédé, j'ai donné des instructions pour qu'il soit sur la liste rouge.

Etre sur la liste rouge, qu’est-ce que cela veut dire ?

C'est-à-dire que l'on doit lui exiger des conditions plus draconiennes que les autres dans la location des salles du palais, vu l’acte qu’il a posé. Vous savez, lorsqu’un opérateur loue une salle, il est libre d’y faire ce qu’il veut à la seule condition que cela se passe dans la légalité et la transparence. Nous n'avons pas à nous immiscer dans la production. Mais heureusement que le spectacle se déroulait à Anoumabo. Parce que si c'était à la salle Christian Lattier, les gens auraient pu se lever et casser les vitres. C'est pour éviter toutes ces déconvenues que nous sommes obligés de décrier les annulations de dernière minute. Les promoteurs qui sont sur la liste rouge sont à l’origine de nombreux problèmes, de la mauvaise organisation des concerts et spectacles. Cependant, je me réjouis que les concerts qui se sont déroulés en début d’année aient tous été couronnés de succès.

Est-ce que ce promoteur a eu une réunion technique avec le directeur technique du palais conformément aux dispositions de votre institution ?

Oui, la direction technique du Palais de la culture a eu une séance de travail avec lui.

A-t-il eu l'accord de l'Aprosci et du Burida ?

Pour ce qui est du Burida, les promoteurs y vont directement faire leur déclaration. Quant à l'Aprosci, ils m'ont conseillé de les ramener directement vers eux pour qu'on sache qu'ils sont des promoteurs sérieux. Mais il y a beaucoup de promoteurs comme M. Guédé qui rechignent à le faire. Mais je crois que le ministère est en train d'élaborer des textes qui vont certainement aboutir à une licence de promoteur. Parce qu’un peu partout, en Europe et au Mali, il existe ce type de licence de promoteurs. Il faut d'abord avoir pignon sur rue, avoir un registre de commerce, une attestation de régularité fiscale… C’est parce que le ministre a constaté ces anomalies qu’il est en train de prendre des mesures idoines afin de palier cela. C'est donc un ensemble de problèmes que le ministère essaie de cerner pour un mieux-être de la profession.

Les agissements de ces promoteurs n'impactent-ils pas sur la crédibilité de l'institution que vous incarnez ?

Quand les entrepreneurs font faillite en ville, est-ce-que cela impacte sur le ministère de l'économie ? Ça impacte plutôt sur eux-même, car c'est leur affaire. Si vous allez à l'hôtel Ivoire et qu'il y a un concert qui a été annulée, est-ce-que cela impacte sur l'hôtel Ivoire ? Non. Donc, ne venez pas chercher la mauvaise bête ici. Tout simplement parce que Koné Dodo est là. Cela n’impacte pas sur le Palais de la Culture. Personne n'est allé poser la question au directeur de l'hôtel Ivoire de savoir pourquoi Kool and the Gang (Mythique groupe américain de Soul :Ndlr) a annulé son concert qui devait s’y tenir.

Concernant les dispositions sécuritaires, peut-on savoir si la parenthèse avec les forces de l'ordre en arme est fermée ?

Évidemment qu'elle est fermée. Seulement que nous faisons recours aux forces de l'ordre pour aider les hommes de la sécurité privée. Il y a des sociétés de sécurité privée qui ont un agrément du palais. On a besoin de la force public qui ne se mêle pas des spectacles mais dont les éléments sont là pour dissuader les fauteurs de troubles. Ces éléments peuvent intervenir en nombre restreint. J'ai eu à déplorer l’attitude des organisateurs de spectacles qui ont déployé l'armée ici. Ce n'est pas la vocation de l’armée. Ce n'est pas leur rôle de venir sécuriser les concerts. S'il y a des débordements, on peut faire appel à la police et à la gendarmerie. Mais pour le moment, ça va.

Qu’en est-il réellement du contentieux entre des promoteurs et la société Médiapolis ?

K.D : Il n'y a pas de contentieux. J'ai fait les statistiques pendant un point de presse. Ces statistiques parlaient d'elles-mêmes. Médiapolis est un opérateur économique qui intervient au Nigéria, Sénégal et au Mali…On crée des problèmes là où il n’y en a pas. Il n'y a pas de problèmes Médiapolis. Les responsables de cette société sont occupés sur le plan international pour faire de la location de sono. Regardons vers l'avenir et avançons car tous les Ivoiriens ont le droit de travailler ici.

Vous avez ‘’coaché’’ Alpha Blondy pendant plus d’une décennie. Après des années de tensions entre vous, quel est l’état actuel de vos rapports ?

Pour moi, il n'y avait pas de brouilles entre Alpha et moi. C'est lui qui parlait. Pour qu'il y ait palabre, il faut qu'il y ait au moins deux personnes. Quand les journalistes m'interrogeaient, je leur disais que je n'avais rien à dire. Seulement que nous ne regardions plus dans la même direction. Alpha regardait vers Laurent Gbagbo (ex-Président déchu :Ndlr) et moi vers Alassane Ouattara (Chef de l’Etat de Côte d’Ivoire : Ndlr). Donc, je lui ai dit qu'il fallait faire un choix dans la vie. Moi je suis ‘’Alassaniste’’ à fond et j'ai estimé que 14 ans, c'était assez. Je lui ai dit ''Petit frère, la meilleure solution, il faut qu'on arrête’’. Lorsqu’on s'est vu à Dakar au festival des Arts nègres, pendant la crise post-électorale, on a échangé. Et il m'a dit ‘’grand-frère ton candidat a gagné’’. J’ai trouvé que mon jeune frère était revenu à la raison. Je lui ai demandé d’aller le dire à la presse (….) Nous parlons souvent. Dernièrement avant son voyage, il m'a appelé. Il n'y a pas de problème entre lui et moi. C’est un jeune frère et il le restera toujours. Nous avons de très bons souvenirs ensemble et surtout de belles réussites.

Alpha Blondy a maille à partie avecGeorges Kouakou, ex-chef d’orchestre de Solaar System. Vous qui avez été aux côtés des deux artistes, qu’est-ce qui oppose réellement les deux hommes ?

Relativement à cette affaire, Alpha m'a demandé de témoigner à la justice. Je lui ai dit qu'il n'y avait pas de problème. Et que j'allais le faire dans la vérité. Vous faites bien de me poser la question. Pourquoi Georges Kouakou a-t-il attendu pendant tout ce temps pour venir réclamer quelque chose ? Il y a quelque chose qui ne va pas. Depuis longtemps, au moment où j'étais, dans les années 90, avec Alpha Blondy, je lui ai dit de faire attention à Georges Kouakou. Dans la période qui me concerne, il n'a jamais été l'arrangeur d'Alpha. C'était Boncana Maïga.

Mais Georges Kouakou, lui parle de la période de 82 à 90.

OK ! Si l’affaire concerne cette période, je n’ai rien à dire. Parce que je n’étais pas là en ce moment.

Quel est le regard de Koné Dodo sur la musique ivoirienne ?

La musique ivoirienne se porte très bien. Même si elle peut atteindre de plus hauts sommets. Il y a des artistes qui ont une vraie carrière musicale tels que Tiken Jah, Alpha, Magic System, Meiway. Je suis fier également de Dobé Gnaoré et Manu Galo. A force de persévérance et de courage, ces deux dames ont réussi à s'imposer à l’international. Elles représentent dignement le drapeau ivoirien. C'est ce qu'on demande aux autres artistes qui, au lieu de travailler, passent leur temps à se battre pour des postes au Burida. Des gens qui ne produisent pas d'albums depuis de longues années veulent percevoir des droits qui n’ont aucune réalité. C’est dommage !

DIARRA Tiémoko